Ryanne Dodin offre une seconde vie aux chevaux réformés !

J’ai à cœur de raconter les parcours de vie inspirants, ces histoires où la passion du cheval devient un véritable moteur d’accomplissement. Aujourd’hui, direction le Rehab Ranch, à la rencontre de Ryanne, jeune technicienne vétérinaire passionnée, qui a choisi de redonner une seconde vie à des chevaux réformés.
🎤 De ses premiers rêves d’enfant bercés par les films western à la création de sa propre structure, elle nous raconte son parcours qui illustre à merveille ce que nous aimons partager : respect, complicité et résilience.

⭐ Famille ⭐ Complicité ⭐ Respect ⭐

Bonjour, je m’appelle Ryanne. J’aurai 21 ans en décembre prochain. Je suis diplômée en tant que technicienne vétérinaire. J’ai grandi dans le monde du cheval, avec un père instructeur à Saumur et une mère passionnée par la culture amérindienne.

🛤️ Les origines ?

Ma passion pour le monde western me vient de ma mère, qui m’a transmis son amour pour cet univers. Depuis toute petite, elle me faisait découvrir d’innombrables films western et m’a initiée à la musique qui les accompagne. C’est à travers elle que j’ai appris à apprécier cette culture, son histoire, ses valeurs et l’esprit de liberté qu’elle véhicule.

J’ai également été marquée par la série Heartland, et le lien profond qu’Amy entretient avec les chevaux. J’ai été touchée par sa façon de les comprendre, de les soigner et de leur redonner confiance. Comme elle, j’ai eu envie de sauver et d’offrir une seconde chance aux chevaux que plus personne ne voulait ou en qui plus personne ne croyait. Je pouvais passer des heures à regarder la série encore et encore, sans jamais m’en lasser, tant cet univers me faisait rêver.

J’ai toujours eu une image très marquée du monde western, celle que l’on voit dans les films : un univers à part, empreint de liberté et d’authenticité, qui semblait n’exister qu’aux États-Unis. Pour moi, c’était bien plus qu’un simple décor ou un style de vie, c’était un véritable état d’esprit. J’étais fascinée par la figure du cowboy, ce personnage à la fois fort et solitaire, toujours accompagné de son cheval. Leur lien me semblait unique, presque sacré : une relation fondée sur la confiance, la loyauté et le respect mutuel. Cette complicité entre l’homme et l’animal me faisait rêver et nourrissait mon envie de mieux comprendre cette culture si riche et inspirante.

🤠 La philosophie western ?

Ce qui m’a séduite dans la philosophie western, c’est avant tout la relation de respect et de complicité qu’elle place entre le cheval et le cavalier. Contrairement à certaines approches où le cheval est perçu comme un outil pour obtenir des résultats, le western valorise le partenariat : chaque geste, chaque réussite est le fruit d’une confiance mutuelle.

J’aime cette idée que le cheval n’est pas une machine, mais un véritable coéquipier, avec sa personnalité et ses limites.

Le western m’a également séduite par sa diversité et sa créativité : il permet d’explorer différentes disciplines, de travailler avec le bétail, de développer l’agilité et la souplesse, tout en respectant le rythme et les besoins de chaque cheval. Cette philosophie met en avant la patience, l’écoute et la bienveillance, des valeurs qui résonnent profondément avec ma manière de vivre l’équitation et mon engagement envers les chevaux.

Les valeurs qui me tiennent le plus à cœur dans le monde western sont celles de solidarité et de bienveillance. C’est un véritable esprit de grande famille : les gens se soutiennent, s’encouragent et partagent leur passion, même lorsqu’ils ne se connaissent pas. J’adore cette ambiance où la compétition laisse place au respect et à l’entraide, et où chaque cavalier comme chaque cheval peut progresser à son rythme, entouré de soutien et de conseils.

Je trouve également que la place des femmes dans le monde du western a énormément évolué, et c’est quelque chose de très inspirant. Pendant longtemps, c’était un milieu perçu comme très masculin, surtout dans les disciplines les plus physiques comme le travail du bétail ou le rodéo. Mais aujourd’hui, les femmes s’imposent de plus en plus, non seulement dans les disciplines de performance, mais aussi dans les épreuves les plus extrêmes.

Elles prouvent qu’elles ont autant de courage, de force et de détermination que les hommes. Elles montrent qu’elles n’ont rien à prouver à personne, si ce n’est à elles-mêmes.

🌱 Tes débuts en western ?

Un jour, à l’âge de 7 ans, je suis tombée amoureuse d’un magnifique poney pie alezan, que mon grand-père avait sauvé de la boucherie. C’était un cheval au passé difficile, arrivé chez nous à l’âge de 16 ans, encore entier et considéré comme dangereux. Il avait même blessé gravement mon grand-père, une perforation du foie et plusieurs côtes cassées, tant il était méfiant et imprévisible.

Mais du haut de mes 7 ans, je ne voyais pas tout cela. Pour moi, il n’était pas un cheval dangereux, il était simplement le mien. Celui qui avait besoin d’amour, de patience et d’écoute. Bien sûr, je n’avais pas encore le niveau pour m’en occuper, alors j’ai commencé par l’observer, le regarder longuement, essayer de le comprendre. Peu à peu, j’ai appris à décoder ses réactions, à respecter ses limites, à gagner sa confiance.

Le jour où on m’a annoncé que je pouvais enfin m’en occuper, j’ai promis que je ne le lâcherais plus — et je ne l’ai jamais fait. Il est venu vivre à la maison, et nous avons partagé de nombreuses années ensemble. Il s’est éteint à l’âge de 31 ans, dans mes bras, après une vie remplie de douceur et de respect retrouvés.

C’était un cheval marqué par la peur, notamment celle de l’obstacle. J’ai donc dû réfléchir à une autre manière de lui redonner goût au travail, à une discipline qui lui conviendrait mieux.

. C’est ainsi que je me suis tournée vers l’équitation western, tout en continuant le saut d’obstacles avec d’autres chevaux. Cette expérience a profondément façonné ma vision du cheval et de la relation que l’on peut construire avec lui.

Je n’ai pas effectué de formation pour me perfectionner dans cette pratique, mais j’ai eu la chance d’être coachée pendant deux ans par Caroline Brun, vice-championne de France d’équitation de travail. C’est elle qui m’a initiée à sa discipline et m’a transmis les bases du western, ainsi qu’une autre approche du cheval, plus fine et respectueuse.

À la base, je viens du milieu classique, où j’ai obtenu mon Galop 7, ainsi que deux savoirs en éthologie. Ces expériences m’ont permis d’acquérir une solide base technique et une meilleure compréhension du comportement équin.

Depuis, je continue à apprendre de manière autonome : je lis énormément, je regarde des vidéos, je vais sur les compétitions pour observer et échanger, et depuis cette année, je participe à des stages avec des professionnels du western pour approfondir mes connaissances et affiner ma pratique. C’est un apprentissage constant, nourri par la passion et le désir de toujours progresser aux côtés des chevaux.

✨ Le changement d’univers ?

Dans le western, j’ai retrouvé la véritable passion du cheval. Ce que j’aime dans cette discipline, c’est la relation de confiance et de respect qu’elle met au centre de tout. Le cheval n’y est pas une machine destinée à enchaîner les concours ou à rapporter des résultats, mais un véritable coéquipier. On l’écoute, on l’encourage, on le félicite, chaque réussite est le fruit d’un travail commun. Cette approche m’a permis de renouer avec ce qui me faisait aimer l’équitation au départ : une connexion sincère entre l’humain et l’animal.

De mon expérience de cavalière de CSO, j’ai gardé la concentration que j’avais lorsque je sortais en Amateur 130, ainsi que le sérieux et la rigueur que demandait cette discipline. Ces qualités m’accompagnent encore aujourd’hui dans ma pratique : la patience, la précision et la recherche du bon geste au bon moment. Le saut d’obstacles m’a appris à rester focalisée sur mes objectifs, à gérer la pression et à toujours donner le meilleur de moi-même, tout en respectant mon cheval.

Finalement, la transition entre ces deux univers s’est faite assez naturellement. Bien sûr, il y a eu un peu de jugement de la part de certains cavaliers issus du milieu classique, mais cela ne m’a pas freinée. Ce qui comptait pour moi, c’était le bien-être de mon poney. Je ne faisais pas cette transition pour suivre une mode ou changer de discipline, mais parce que je voulais trouver ce qui lui convenait le mieux. À l’époque, la discipline en elle-même m’importait peu : j’adaptais simplement ma manière de monter et de travailler pour lui offrir ce dont il avait besoin. C’est cette relation et cet amour pour lui qui ont rendu le changement évident et naturel.

Comme beaucoup, j’ai dû apprendre seule, en cours particuliers, car il n’y avait pas de structure dédiée au western près de chez moi. J’avais déjà un très bon niveau en équitation classique et me classais régulièrement en concours, mais en western, j’ai dû repartir de zéro et tout réapprendre. Cette expérience m’a appris la patience, la persévérance et l’humilité face à un nouvel univers équestre.

Malheureusement, je n’ai jamais eu la chance de rencontrer la personne qui m’inspire tant par sa persévérance et son courage, Amberley Snyder. Mais elle représente pour moi un véritable déclic : elle m’a montré qu’il est possible de surmonter les obstacles et de se réaliser pleinement dans cet univers. Grâce à elle, j’ai compris que j’avais moi aussi ma place dans le monde du western et que je pouvais y tracer mon propre chemin.

Pour moi, la plus grande différence entre le milieu western et le milieu classique se trouve dans la manière dont on vit la relation avec le cheval. Dans le classique, tout est souvent centré sur la performance et les résultats, et parfois le cheval devient un outil pour atteindre un objectif. Dans le western, au contraire, le cheval est un partenaire à part entière, avec sa personnalité, ses émotions et ses limites.

Ce qui me touche le plus, c’est cette approche basée sur la confiance, la patience et l’écoute. Chaque petit progrès est une victoire partagée, et chaque moment passé avec le cheval renforce un lien unique. C’est un univers où le respect et la complicité priment, et c’est ce côté humain et émotionnel qui m’a profondément séduite et fait tomber amoureuse de cette discipline.

🐎 Ton cheval idéal de loisirs ?

Pour moi, un cheval partenaire est un cheval qui vous suit les yeux fermés, non pas par obligation, mais par envie de vous faire plaisir. Il agit ainsi parce qu’il vous fait confiance et qu’il aime coopérer, pas parce qu’on le force. C’est un cheval avec lequel la relation est basée sur la complicité et le respect mutuel : il comprend vos intentions, s’adapte à votre énergie et participe activement à ce que vous faites ensemble. Un cheval partenaire n’est pas seulement obéissant, il partage un plaisir commun avec vous, rendant chaque geste harmonieux et naturel.

Pour le western de loisir, ma vision du cheval idéal n’est pas forcément celle qu’on imagine au premier abord. Je travaille avec des chevaux réformés des courses (PS, TF, AQPS), ce qui peut surprendre car quand on pense « western », on ne pense pas forcément à eux.

Pourtant, ces chevaux sont incroyablement adaptables. Ils existent de toutes tailles, toutes robes et tous caractères, et leur expérience leur donne souvent une maturité et une capacité d’apprentissage précieuses.

Le cheval idéal pour le western de loisir, selon moi, est avant tout un cheval coopératif, attentif et adaptable, capable de partager des moments de plaisir avec son cavalier tout en respectant ses capacités et son mental. Et les réformés cochent toutes les cases !

Si je pouvais changer une chose dans la manière dont on perçoit le cheval en France, ce serait la reconnaissance du cheval comme un être vivant à part entière, et non comme un simple outil ou objet de performance. Trop souvent, on le juge uniquement sur ses résultats sportifs ou son apparence, alors qu’il mérite respect, patience et considération pour son mental et ses émotions. J’aimerais que chaque cheval soit vu avant tout comme un compagnon et partenaire, capable de créer une relation basée sur la confiance et la complicité, et non seulement sur l’obéissance ou la performance.

💉 Ton métier ?

La formation de technicienne vétérinaire m’aide énormément dans mon approche du cheval, à plusieurs niveaux :

1. Compréhension de l’anatomie et de la physiologie équine : Grâce à mes cours, je connais mieux le fonctionnement du corps du cheval, ses points sensibles, et ses besoins physiologiques. Cela me permet d’adapter mes gestes pour être plus respectueuse de son corps et réduire le stress lors des soins ou des manipulations.
2. Reconnaissance des signes cliniques : La formation m’apprend à observer les symptômes de maladies ou de douleurs. Ainsi, je peux détecter rapidement un problème, même avant que celui-ci ne devienne grave, et conseiller correctement le vétérinaire ou le propriétaire.
3. Maîtrise des techniques de soins : J’ai appris à effectuer des gestes précis comme la prise de constantes vitales, les soins de plaies, l’administration de médicaments ou la préparation d’un cheval pour des examens vétérinaires. Cela me rend plus efficace et rassurante pour l’animal.
4. Approche comportementale et sécuritaire : La formation insiste sur la sécurité et le respect du cheval. Je sais comment lire son langage corporel, anticiper ses réactions et adapter mon comportement pour créer une relation de confiance.
5. Gestion de situations d’urgence : En cas d’incident ou de malaise, je suis formée à réagir rapidement et correctement, ce qui peut sauver la vie du cheval ou éviter l’aggravation d’un problème.

🏜️ Le Rehab Ranch ?

J’ai créé le Rehab Ranch, une écurie spécialisée dans la réhabilitation et la reconversion, avec une petite activité d’élevage. Nous travaillons en partenariat avec l’association Au-delà des Pistes et Passerelles pour offrir une seconde vie aux chevaux de courses, un peu comme ce que j’ai toujours voulu faire pour mon propre poney : leur donner une nouvelle chance.

C’est un choix personnel : nous n’accueillons que des chevaux blessés, ayant connu des accidents plus ou moins graves, avec des traumatismes allant de la tendinite à la fracture du bassin. Ces blessures ne sont pas seulement physiques : elles peuvent aussi laisser des séquelles psychologiques, surtout chez les chevaux ayant vécu un accident important. Chaque cheval reçoit un accompagnement adapté, à la fois pour soigner son corps et pour restaurer sa confiance, afin de lui permettre de retrouver un équilibre et de s’épanouir dans sa nouvelle vie.

Je ne saurais pas exactement dire quand l’idée est née, mais au fond de moi, j’ai toujours voulu travailler avec les chevaux. Petite, je rêvais de devenir comme Amy Fleming dans Heartland, et ce rêve me semblait inaccessible… au départ, je pensais suivre un parcours classique et faire de grandes études.

Puis un jour, tout a basculé : notre maison a brûlé, et ma mère et moi et nous avons dû tout recommencer à zéro. C’est dans ce moment de reconstruction que nous nous sommes dit : si nous repartons de zéro, autant faire ce que nous avons vraiment envie de faire. Et c’est là que mon rêve d’enfance est devenu possible : celui de vivre pleinement ma passion pour les chevaux et, d’une certaine manière, de devenir la Amy Fleming que j’admirais petite.

J’ai appris à monter sur des chevaux de réforme de courses. Pour moi, c’était une évidence : aider ces chevaux qui avaient perdu leur éclat à cause de clichés infondés. On entend souvent dire que les trotteurs ne savent pas galoper ou qu’ils sont « fous », que les pur-sang sont fragiles et incapables de faire autre chose que courir… Moi, j’ai appris à voir au-delà de ces idées reçues. Chaque cheval a son potentiel et sa personnalité, et mon rôle était de leur redonner confiance et de révéler ce qu’ils avaient de meilleur en eux. C’est pour cela que je travaille main dans la main avec le monde des courses. Les entraineurs, lads, jockeys, nous demandent régulièrement des nouvelles de leurs anciens chevaux.

Certains de nos chevaux n’ont pas l’autorisation vétérinaire pour participer à des concours de CSO ou de dressage. Ayant perdu ma passion pour le classique, il m’a semblé évident de me tourner vers le western. Même avec un lourd passé médical, ces chevaux ont la capacité de travailler avec le bétail, de faire du barrel ou d’autres disciplines western. Cela permet non seulement de leur offrir une activité adaptée, mais aussi de montrer que les pur-sang et les trotteurs peuvent exceller dans de nombreuses disciplines, loin des clichés qui les limitent souvent.

‍🩹 La rééducation ?

Le plus souvent, nous accueillons des chevaux présentant des fractures du pisiforme ou du carpe, des lésions diverses, ainsi que des fractures du bassin. Nous traitons également des tendinites, des desmites, ainsi que de gros problèmes de pieds comme des kératomes ou des brûlures. Chaque cheval nécessite un suivi adapté et une rééducation progressive pour retrouver confort et mobilité.

La première étape de la rééducation passe par l’alimentation. Nous commençons par une transition vers une ration composée à 100 % de fourrage, afin de respecter le système digestif du cheval et de lui offrir une base saine. Ensuite, nous passons progressivement à une vie 100 % pré, toujours en veillant à ce que le cheval soit entouré de ses compagnons pour maintenir son bien-être social. Cette approche repose sur ce que nous appelons la « règle des trois F » : Fourrage, Freedom et Friend, qui guide chaque décision alimentaire pour favoriser la santé, la récupération et l’équilibre du cheval.

La rééducation de nos chevaux commence toujours par une longue période de convalescence, accompagnée d’un suivi vétérinaire régulier pour s’assurer de la bonne évolution de chaque blessure. Une fois cette étape franchie, commence un travail au sol intense et méthodique : il s’agit de remuscler le cheval, de lui redonner de la mobilité et de réapprendre les bases essentielles du dressage et de la communication avec l’humain. Chaque exercice est adapté à sa condition physique et à son passé médical, et se fait toujours dans le respect de son rythme.

Enfin, vient le travail monté, qui constitue la phase la plus gratifiante et la plus complexe de la rééducation. Cela peut débuter par des séances très courtes, à faible intensité, en se concentrant sur la souplesse, l’équilibre et la confiance mutuelle. Progressivement, on introduit des exercices plus techniques et variés : transitions, déplacements latéraux, travail sur le terrain ou en carrière, et pour certains chevaux, initiation à des disciplines spécifiques comme le western ou le travail avec le bétail. Cette étape demande patience, écoute et persévérance, mais c’est aussi le moment où l’on voit le cheval retrouver sa joie de bouger et son potentiel pleinement exprimé.

Bien évidemment, chaque cheval est différent, avec son caractère, son passé et ses expériences. Il faut repartir de zéro avec chacun d’eux : une technique qui fonctionne parfaitement avec un cheval peut être inefficace, voire contre-productive, avec un autre. C’est pourquoi chaque cheval bénéficie d’un suivi personnalisé, adapté à ses besoins physiques, émotionnels et mentaux. Le programme de rééducation tient compte de son histoire, de ses traumatismes éventuels, de sa morphologie et de sa personnalité. Cette approche individualisée permet de maximiser ses progrès tout en respectant son rythme et en préservant sa confiance et son bien-être.

Dans mon travail de rééducation, le mental du cheval occupe la première place, car c’est lui qui conditionne la réussite de tout le travail physique. La confiance et la relation que l’on construit avec le cheval sont essentielles : un cheval stressé ou anxieux ne pourra pas se concentrer, se relâcher ni effectuer correctement les exercices. Je m’efforce donc de respecter son comportement et ses émotions, d’observer attentivement son langage corporel pour adapter mes gestes et le rythme de la rééducation. Chaque cheval ayant sa personnalité et ses limites, je privilégie une progression douce et adaptée, en valorisant ses réussites et en instaurant un cadre rassurant.

Le renforcement positif et la patience sont au cœur de ma méthode, car ils permettent de créer un climat de sécurité et d’engagement volontaire du cheval. En résumé, sans prendre en compte son mental, la rééducation serait limitée ; c’est la confiance et le bien-être psychologique du cheval qui rendent le travail efficace et durable.

Pour gagner la confiance d’un cheval blessé ou marqué par la compétition, c’est lui qui me propose les choses, pas moi. Il m’est déjà arrivé de rester assise pendant plusieurs heures, simplement à l’attendre, en laissant le cheval venir vers moi. Si un cheval me fuit, je ne cherche pas à l’obliger à être attrapé ou à suivre mes demandes : pour moi, cela ne sert à rien. Je reste donc patiente, je lui fais comprendre mes intentions sans jamais le brusquer. Mon objectif est de créer une relation de confiance : je respecte son espace, je lui montre que je lui fais confiance, tout en lui signalant que je souhaite qu’un jour il soit prêt à essayer. Cela peut ne pas être aujourd’hui, mais l’essentiel est de lui laisser le temps nécessaire pour venir de lui-même.

🌟 Tes moments forts ?

L’aspect le plus gratifiant de mon travail, c’est sans aucun doute de voir un cheval guéri, retrouvé et épanoui dans sa nouvelle vie, entouré de ses nouveaux propriétaires et de ses coéquipiers. Chaque cheval qui arrive au Ranch a son histoire, souvent douloureuse, et il faut beaucoup de patience, de temps et de travail pour lui redonner confiance, mobilité et équilibre. Pendant cette période, qui dure au minimum un an, un lien très fort se tisse : on apprend à se comprendre, à communiquer sans mots, à créer une véritable complicité.

Bien sûr, quand vient le moment de les laisser partir, il y a une boule dans la gorge et parfois des larmes : ces chevaux ont partagé notre quotidien, nos efforts, nos joies et nos doutes. Mais voir ensuite les photos et vidéos de ces mêmes chevaux heureux dans leur nouveau foyer, galopant librement, travaillant avec leurs nouveaux coéquipiers ou simplement profitant de la vie, c’est une émotion indescriptible. C’est la preuve tangible que tout le travail accompli a porté ses fruits et que j’ai réellement pu offrir à ces chevaux ce qu’ils méritaient : une seconde chance, une dernière vie digne et pleine de bonheur. Chaque départ est donc un mélange de nostalgie et de fierté, mais surtout le rappel que mon engagement et mon amour pour eux ont un véritable impact.

A contrario, le plus difficile dans mon travail, c’est d’accompagner des chevaux profondément marqués psychologiquement, pour qui il est extrêmement compliqué de donner leur confiance. Avec eux, chaque progrès peut sembler minime : on peut faire un pas en avant, puis parfois dix en arrière. Ces moments demandent une patience et une persévérance sans faille, car chaque cheval avance à son rythme, et il faut sans cesse réévaluer ses méthodes et ajuster son approche.

Cela implique beaucoup de remise en question et de doute, mais c’est aussi ce qui rend le travail si précieux. Chaque petite victoire, chaque regard ou geste de confiance accordé par le cheval est une immense récompense. C’est un rappel constant que ce métier exige autant de cœur et d’humilité que de technique, et que la relation que l’on construit avec ces chevaux traumatisés est fragile, mais extraordinairement gratifiante lorsqu’elle se construit enfin.

Une rééducation m’a particulièrement marqué : son parcours n’est pas encore terminé, mais chaque petit progrès est déjà une victoire. Cette magnifique jument alezane a souffert d’une grave fracture du bassin. Physiquement, elle s’est bien remise, mais sur le plan psychologique, le chemin a été très compliqué. À son arrivée, elle réagissait par la peur et l’agressivité : elle attaquait, fuyait tout contact et semblait presque sauvage, intouchable. On la qualifiait parfois de « dangereuse », un terme que je refuse d’utiliser, car ce n’est pas de sa faute — sa peur guidait ses réactions.

Aujourd’hui, nous commençons à construire une vraie complicité. Elle n’est plus « dangereuse », elle accepte le contact, se laisse caresser et montre qu’elle aime les câlins. Chaque avancée, aussi minime soit-elle, est une victoire, et c’est exactement ce qui rend ce travail si précieux : aider un cheval à retrouver confiance, sécurité et plaisir dans la relation avec l’humain.

🎉 Les événements ?

J’ai vraiment remarqué une belle évolution du regard du public sur l’équitation western ces dernières années. Avant, beaucoup la considéraient comme une équitation de spectacle ou une discipline un peu marginale, loin du monde du classique. Aujourd’hui, les mentalités changent : le western est de plus en plus reconnu comme une équitation complète, technique.

Ce qui me frappe le plus, c’est qu’il y a de plus en plus de monde qui s’y intéresse, et pas seulement des cavaliers. Beaucoup de personnes extérieures au milieu équestre viennent désormais assister aux compétitions ou aux démonstrations, curieuses de découvrir cet univers si différent et authentique.

Pour moi, c’est une évolution très positive, parce qu’elle prouve que cette équitation touche de plus en plus de cœurs, même si j’avoue j’aimerais que cette évolution aille plus vite.

Je participe régulièrement à de grands événements, comme Equiblues ou Equita Lyon. Dans ces événements, je me sens vraiment à ma place. Il y a une ambiance unique, presque familiale. On chante, on danse, on rit, on partage des moments simples avec des gens qu’on vient à peine de rencontrer, mais avec qui on a l’impression de se connaître depuis toujours. C’est ça, la magie du western : cette capacité à rassembler autour de valeurs communes et à créer du lien instantanément.

Les disciplines western qui m’attirent le plus sont le barrel et le travail avec le bétail. J’adore le barrel pour la précision, la vitesse et la complicité qu’il exige entre le cheval et le cavalier. Quant au travail avec le bétail, c’est une discipline qui demande à la fois patience, technique et écoute du cheval, tout en mettant en avant notre partenariat. Ces deux disciplines représentent pour moi le parfait équilibre entre challenge, plaisir et connexion avec le cheval.

Ce que j’aime aussi, c’est cette ambiance de soutien et de bienveillance. On encourage les participants comme si on s’encourageait nous-mêmes, parce qu’on partage tous la même passion, les mêmes valeurs et parfois même les mêmes rêves. Il n’y a pas de compétition malsaine, juste du respect, de la fierté et de l’admiration les uns pour les autres.

Quand j’assiste à une épreuve ou un show à Equita Lyon, j’ai toujours cette sensation un peu magique… C’est comme si je redevenais la petite fille que j’étais, celle qui regardait les shows western à la télé les yeux pleins d’étoiles — sauf que cette fois, c’est en vrai. Je ressens beaucoup d’émotion, un mélange de nostalgie et de fierté. Voir ces cavaliers, ces chevaux, cette ambiance… c’est un rêve d’enfant qui prend vie sous mes yeux. Et quelque part, je me dis que j’en fais maintenant un peu partie, que j’ai trouvé ma place dans cet univers qui me faisait tant rêver.

🌅 L’avenir ?

Je n’ai pas de vision précise de l’avenir du western et de la reconversion des chevaux, mais j’aimerais vraiment que cela se développe. Pour se faire plaisir, on n’a pas besoin d’un cheval qui coûte des milliers d’euros : les chevaux réformés sont capables de s’adapter et de performer dans plusieurs disciplines, offrant de belles expériences sans forcément avoir un pedigree prestigieux.

J’ai de l’espoir, car en deux ans, je suis passée de n’avoir aucun cheval (réformé) à en avoir une vingtaine (pas plus car je travaille en double actif), et ce n’est pas près de s’arrêter. Cela montre qu’il y a un véritable potentiel pour le développement de la reconversion et du western de loisir, en valorisant la polyvalence, la coopération et le bien-être des chevaux réformés.

Pour le Rehab Ranch, j’ai plusieurs projets à venir. Mon objectif est de continuer à développer la reconversion des chevaux réformés, en leur offrant des opportunités dans le western de loisir ou d’autres disciplines adaptées à leurs capacités.

À long terme, j’aimerais que le ranch devienne un lieu reconnu pour la rééducation, la réinsertion et l’épanouissement des chevaux, tout en créant un environnement où les humains peuvent apprendre, progresser et se connecter avec eux en toute sécurité et confiance. Je veux vraiment changer le regard sur les chevaux réformés. Mon projet est de montrer qu’ils sont polyvalents, capables d’apprendre, de s’adapter et de performer dans différentes disciplines, et qu’ils peuvent offrir beaucoup de plaisir.

Et pourquoi pas, un jour participer à des compétitions, pour montrer concrètement que ces chevaux réformés peuvent exceller et s’amuser dans différents contextes tout en gardant leur bien-être au centre.

💬 Le mot de la fin ?

Selon moi, un cheval peut nous apprendre tout sur nous-mêmes. Certains chevaux agissent comme de véritables miroirs : en les observant et en interagissant avec eux, on se découvre et on se retrouve. Ils reflètent à la fois nos qualités et nos défauts, nos forces comme nos faiblesses.

Ils pèsent 500 kg, et nous n’avons pas le droit à l’erreur. Même s’ils pardonnent beaucoup, nous devons rester précis, attentifs et cohérents dans nos gestes et notre attitude. Nous travaillons avec un être vivant, et pour moi, un cheval et un humain méritent la même attention, le même respect et la même bienveillance.

Travailler avec un cheval nous oblige à être patients, clairs et authentiques, et nous aide à développer empathie, respect et humilité. Pour moi, étant neuro-atypique, le fait de travailler avec les chevaux m’aide beaucoup dans mon quotidien. Ils m’ont fait faire des choses que je n’aurais jamais cru pouvoir faire, et cela renforce ma confiance en moi et ma capacité à relever des défis.

Si je devais résumer mon parcours en une phrase : « Une aventure en constante évolution, où chaque moment avec les chevaux m’enseigne quelque chose de nouveau. »

✨ Un immense merci à Ryanne d’avoir pris le temps de nous raconter son histoire avec autant de sincérité — entre passion, doutes, engagement et belles réussites. ✨

 👉 Pour en savoir plus :

Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

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