RENCONTRE avec… Anne Kuntz, compétitrice de Showmanship !

Entre précision millimétrée, élégance, connexion cheval-handler et véritable chorégraphie en main, Anne nous partage son parcours, ses apprentissages, ses moments forts… et sa vision d’une discipline encore trop méconnue mais pourtant fondamentale dans la construction du couple cavalier-cheval.

⭐ Plaisir ⭐ Jeu ⭐ Adrénaline ⭐

📖 Ton histoire ?

J’ai commencé l’équitation classique durant mes années collège dans un petit centre équestre où il n’était pas vraiment question de compétition et où on touchait un peu à toutes les disciplines, y compris la randonnée.

À 16 ans j’ai eu l’opportunité d’acquérir mon premier cheval avec lequel j’ai fait des balades et randonnées durant de nombreuses années. Je venais alors en visiteur sur les concours western locaux, me disant que peut-être un jour ce serait pour moi…

Quand a sonné l’heure de sa retraite, j’ai acquis une jeune jument Quarter Horse en vue de pratiquer l’équitation western : si ma discipline préférée était le trail, je ne connaissais à proximité qu’un entraineur de reining, François Klein, qui a réalisé le débourrage et les premiers entrainements de ma jument. Avec son équipe de Rusty Farm, j’ai découvert les concours, à petit niveaux, essentiellement en reining.

J’avais décidé dès l’achat de ma jument que, bien qu’elle ait des origines de reining, si la discipline ne lui convenait pas, on se réorienterait vers le trail et les autres disciplines d’équitation western. C’est finalement plus à moi que le reining ne convenait pas et, compte tenu des contraintes de cette discipline (sol adapté, ferrure spécifique) qui ne pouvaient être respectées à proximité immédiate, j’ai mis en pratique cette réorientation. J’ai suivi des stages ponctuels avec des enseignants et entraîneurs venus de plus loin et cela m’a confortée dans ces disciplines.

Après quelques années, j’ai décidé d’une reconversion professionnelle et j’ai suivi une formation pour obtenir mon BPJEPS pour enseigner l’Equitation Western. J’ai ainsi eu la chance d’évoluer plus d’une année aux côtés de Guylaine Deschênes, entraineur et compétitrice de renommée dans les disciplines de Performance au niveau Européen. J’ai pu suivre l’entrainement des chevaux, l’enseignement aux compétiteurs et l’accompagner sur des compétitions de haut niveau où j’ai pu observer et analyser des épreuves de showmanship notamment.
Je me suis également formée pour être juge d’Equitation Western pour la FFE, auprès de Pierre Ouellet notamment.

Depuis 2018, j’enseigne l’Equitation Western et je me déplace régulièrement sur les concours organisés dans les régions voisines pour juger : je ne juge pas les concours en Grand-Est où mes élèves participent.

Je suis également responsable de la Commission Western au CRE Grand-Est où nous travaillons en équipe pour la promotion de notre équitation en région, notamment les concours Amateur et Club.

🌱 Tes débuts en Showmanship ?

J’ai découvert cette discipline lors de ma participation à mes premiers concours d’équitation western au début des années 2010. Il s’agissait de concours régionaux multi disciplines sous l’affiliation de feu AFEW, et le showmanship en faisait partie. J’ai vu d’autres concurrents pratiquer le showmanship et j’ai trouvé la discipline sympathique. J’ai vu jusqu’où on pouvait aller dans la précision et la légèreté en visionnant les vidéos des show américains et en observant les concurrents étrangers lors de l’AQHA European Youth and Amateur Cup qui a eu lieu à Mooslargue en 2015.

la discipline m’a interpelée car j’avais à l’époque un jeune cheval et j’étais moi-même jeune cavalière d’équitation western. Je démarrai la compétition et passer sur une épreuve à pied, qui a lieu le matin quand il n’y a pas encore trop de public me paraissait moins stressant !

En plus de cela, j’apprécie énormément l’harmonie et l’élégance que peut dégager un couple expérimenté en showmanship.

Ce que j’aime dans un parcours de showmanship, c’est qu’il s’agit des manœuvres les plus basiques, qui sont poussées à l’extrême vers la perfection. Des choses toutes simples, mener son cheval en main, qui deviennent magnifiques car on a l’impression que handler et cheval ne font qu’un. L’harmonie, la finesse, la précision, le tout dans une élégance dynamique sont des qualités essentielles pour le couple. C’est une discipline a priori très féminine mais un parcours présenté avec les mêmes caractéristiques par un homme et c’est généralement très beau et presque original !

🐎 Le cheval ?

Le profil idéal est à mon avis un cheval attentif, sensible mais froid, bien équilibré dans son corps et ses allures, capable de travailler au millimètre.

Je dirai que c’est avant tout le cheval qui choisit : s’il démontre un intérêt, l’œil attentif, un certain dynamisme, on peut se dire qu’il aime ça. S’il se laisse trainer ou au contraire est trop distrait par l’environnement, ce n’est pas sûr qu’il soit adapté. Les manœuvres requièrent beaucoup de finesse et de précision, ce n’est pas donné à tous les chevaux d’être attentif à ce point et bouger au millimètre prêt.

Si le cheval est physiquement harmonieux, équilibré et élégant avec de belles allures, il pourra avoir ce truc en plus qui facilitera son entrainement et lui donnera de belles notes.

Par contre, il faut noter que le showmanship est une discipline facilement accessible à tous les chevaux, de toutes les races, tailles et âges : ce n’est ni le physique ni les allures qui sont notés en priorité. Un poney ou un cheval de trait pourra tout à fait réaliser de beaux scores si le parcours est bien exécuté.

🏋️‍♂️ L’entraînement ?

Il est important d’assimiler chaque manœuvre en la décortiquant, d’abord lentement puis plus fluide, pour que le cheval comprenne ce qu’on veut de lui et l’exécute ensuite dans un mouvement naturel. Ensuite on peut travailler la dynamique du parcours pour qu’il n’y ait pas de temps mort. Dans les épreuves “lentes”, il faut prendre soin de son juge et ne pas le laisser s’ennuyer, tout en lui montrant de l’assurance.

Je prends garde à la bonne condition physique de mes chevaux pour leur faciliter leur tenue durant le parcours, notamment le “set up” (ou “mise au carré”) : un cheval avec des tensions physiques aura plus de difficultés à se tenir au carré et à le maintenir pendant l’inspection. Pour moi c’est une des manœuvres les plus complexes car elle se fait à l’arrêt : le cheval peut donner l’impression de s’ennuyer ou s’endormir. Ou au contraire il peut bouger et dans ce cas c’est une ou plusieurs pénalités graves qui viendront baisser la note finale.

🏆 Les compétitions ?

 
Le showmanship est souvent la première épreuve du matin. Le toilettage spécifique, avec la crinière en couettes (qui est un usage, pas une obligation), une robe et des sabots impeccables, est réalisé la veille et le tout est protégé par un hood pour que le cheval ne défasse pas tout durant la nuit. Parfois, les chevaux sont présentés avec des fausses queues, cela apporte de la beauté et de l’élégance. Celle-ci est mise en place juste avant l’épreuve. Personnellement, je n’utilise pas de fausse queue sur ma jument, elle est suffisamment fournie en crins à mon goût.

Je fais également attention à ma tenue, pour qu’elle soit propre : je la mets en dernière minute ou met un surpantalon.

Avant l’épreuve, je longe mon cheval pour lui permettre à la fois de sortir son surplus d’énergie s’il y en a, de s’échauffer et d’évoluer dans l’espace de travail en prenant connaissance des lieux si c’est un endroit nouveau.
Ensuite, je lui mets son licol et sa longe et révise les éléments-clés du parcours, je vérifie avant tout la connexion avec mon cheval et, surtout, je révise mon parcours ! Je ne “travaille” plus d’élément nouveau juste avant d’entrer en show, c’est trop tard pour ça.
 
Pour rester concentrée, je me raconte mon parcours en amont, avant de rentrer sur le terrain : je me prends 2 minutes pour me connecter avec moi-même et mon cheval. Comme j’ai tendance à perdre facilement le fil du parcours en pensant à autre chose (du genre « zut je viens de faire quelque chose de nul » ou « ah j’ai trop bien réussi cette manœuvre »), je m’oblige à compter pendant tout mon parcours, lentement, car le cerveau en stress va trop vite.

Pour gérer le stress, comme dit, compter pour m’occuper l’esprit fonctionne bien. Parfois je chantonne aussi dans ma tête. En plus, dans le stress d’un concours, on fait toujours les choses trop vite : il faut donc apprendre à faire les choses lentement à l’entraînement pour espérer les restituer à vitesse normale en concours.

Et surtout, je parle (dans ma tête) à mon cheval, toujours dans le positif, je communique avec lui, en lui disant quoi faire, pour que l’expérience reste heureuse pour lui.
À prestation égale sur la correction et le dynamisme d’un parcours, ce qui fait la différence est selon moi la facilité que va dégager le couple et le fait que cheval et handler s’amusent dans leur prestation. Même si la compétition, l’entrainement, représentent beaucoup de travail, c’est généralement bien visible si le parcours est fait dans une énergie positive. Cette facilité va naître de l’entrainement avec un cheval mentalement disponible, qui se laisse guider, mais également physiquement disponible avec une bonne conformation, un bon équilibre et un certain “sex appeal” !

Le souci du détail, tant dans l’exécution du parcours que dans son attitude et celle du cheval, peut faire la différence : chaque élément du parcours est important et doit être travaillé, aussi bien les manœuvres que les “simples” lignes droites. Le handler ne doit pas craindre de travailler, répéter, décortiquer, mais il doit rester attentif à le faire sans blaser le cheval. Si en plus de cela le handler sait se mouvoir avec grâce et élégance, il suffit de faire un mix de toutes ces qualités !

💫 Tes moments forts ?

En concours régional FFE amateur, il y a peu d’épreuves de showmanship et il arrive que je concoure face à mes élèves (c’est concerté et consenti), qui, pour ma plus grande joie, aiment autant le showmanship que moi. Le meilleur moment c’est quand je regarde leur parcours et que je m’aperçois que mon cheval comme mon élève fait exactement comme on s’est entrainés, que c’est harmonieux et même plus beau que mon propre parcours !

Comme moments plus compliqués, l’un de mes plus gros soucis c’est de retenir les parcours… Il y en a généralement 3 ou 4 par concours, autres épreuves incluses, et comme je suis enseignante et coach, il y a en plus les parcours de mes élèves. L’erreur de parcours ne pardonne pas, c’est l’élimination. Ça m’est arrivé souvent et c’est souvent le stress de faire une erreur de parcours qui fait justement commettre cette erreur.

❌ Les erreurs ?

Chez les compétiteurs peu expérimentés, une erreur qui revient régulièrement est de vouloir conduire le cheval avec la main, en le tirant ou le retenant. Même si on utilise une longe et une chaîne, ces outils ne doivent pas être le seul outil de communication avec le cheval, car si le handler met son focus sur main et longe, il oublie de communiquer avec son cheval avec les autres éléments à disposition (sa posture, son positionnement, son énergie), bien plus efficaces.

Chez les plus expérimentés, je pense que c’est de vouloir aller trop vite et trop fort, sans attendre ou s’adapter à la réponse que donner le cheval. Timing et dosage sont très importants quand on veut être dans la finesse.

💡 Tes conseils ?

Pour performer, c’est forcément un mélange de plusieurs compétences et d’un peu de naturel. Le showmanship requiert :
• de la technique, mise en place par un entrainement progressif où on s’assure que le cheval comprend ce qu’on attend de lui,
• une réelle connexion entre le handler et le cheval, l’un attentif à l’autre, sans quoi l’harmonie attendue n’est pas au rendez-vous,
• de la précision, acquise par le travail, l’entrainement, mis en place avec le savoir-faire et l’énergie d’un enseignant qui aime la discipline et veut la faire briller, tout comme son élève. L’entrainement, avec la répétition des manœuvres, permet d’acquérir la confiance et la fluidité,
• un physique et des allures appropriées pour le cheval et un entraînement spécifique pour le handler : c’est lui qui est jugé, sa prestance joue autant que celle du cheval.

J’ajouterai que le showmanship est une chorégraphie bien ficelée, presque comme une présentation de danse sur glace en couple : rien ne doit être laissé au hasard.

Le conseil que je peux donner avant de débuter la compétition, ce serait de regarder des vidéos de compétition de haut niveau (AQHA, APHA, NSBA…), de se déplacer sur les concours avec du bon niveau si possible, de prendre des cours ou des stages avec des enseignants de bon niveau pour savoir ce qu’on recherche et comment le mettre en œuvre, et considérer cette discipline comme un prérequis à la monte qui va aider le cavalier à mieux appréhender le cheval, l’équitation et surtout son propre corps.

🛤️ L'évolution du showmanship ?

Le showmanship est à ce jour, à mon avis, une discipline sous-évaluée et sous-pratiquée. Elle est peu mise en avant par les organisateurs de concours car elle est généralement la première sur le planning, tôt le matin : elle est peu vue du public, peu connue des cavaliers, encore moins de ceux qui n’aiment pas se lever tôt !

Discipline en main, ce n’est pas vers elle que le cavalier lambda se tourne en premier, car lui veut monter à cheval. Il va souvent la découvrir lorsqu’il a un jeune cheval ou pour se (re)mettre en compétition de manière plus sécuritaire.

Mais avec un mouvement commun des organisateurs, enseignants, coachs et compétiteurs, le showmanship ne peut que gagner en popularité : il est accessible à tout âge de cavalier et de cheval, à toute taille, gabarit, race (en FFE).

Il est peu coûteux en matériel, un licol et une longe (propres et en bon état) suffisent ; il n’est pas nécessaire d’avoir du matériel en cuir et décoré d’argent. Pour le compétiteur, à pied, c’est l’occasion de concourir avec un chapeau, même pour les mineurs et de fignoler sa tenue vestimentaire ainsi que le toilettage de son cheval, puisque ce sont des éléments-clés de l’évaluation de la prestation.

Ainsi, j’ai confiance dans le développement de cette discipline qui est un fabuleux outil pédagogique : il permet de prendre d’abord conscience et de maîtriser son propre corps, en termes de proprioception, de dosage et de timing, avant de vouloir faire exécuter des manœuvres à un être vivant qui ne bouge et ne pense pas comme nous.

Une fois que ceci est maîtrisé à pied, il reste à transposer à cheval, plus facilement et plus rapidement.
Pour moi, le showmanship est un préalable à la monte, aussi bien à l’entrainement qu’en compétition.

✨ Un grand merci à Anne pour son témoignage complet et ses conseils ! Vous la retrouverez dans les prochains temps pour d'autres orientations sur cette thématique ! ✨

Pour la contacter :

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Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

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