RENCONTRE AVEC… Greg Niro, photographe spécialisé dans le western !

⭐ Liberté ⭐ Passion ⭐ Evasion ⭐

Je suis Greg Niro, photographe & graphiste passionné par l’univers Western et par les gens qui le vivent. Depuis presque vingt ans, je capture à la fois les chevaux et les personnalités qui façonnent ce milieu, en France comme à l’international. Mon travail cherche à mêler authenticité, élégance et humanité.

🛤️ Ton parcours ?

Mon père a toujours été passionné de chevaux et particulièrement de Quarter Horses depuis les années 70-80.

De mon côté, j’ai commencé par l’équitation classique à 17 ans, avant de me tourner vers la randonnée. À 18 ans, j’ai passé mon diplôme d’ATE et acheté mon premier cheval, un croisé un peu « porte et fenêtre », que je ne savais pas encore vraiment dresser, je sautais quasiment dessus pour le monter. J’ai ensuite travaillé dans un ranch 2 années de suite en « job d’été » dans le Var où je guidais des balades.

C’est à cette époque que j’ai découvert le dressage western à travers les médias du moment — et ça m’a tout de suite attiré. J’ai débuté avec Marie-Noëlle Bruno dans le Loiret, qui nous a vendu nos premiers Quarter Horses et qui m’a beaucoup appris, notamment sur le travail en rond de longe, puis avec Christian Beugniès pour les bases du western dans le Var.

 

En 2001, je suis finalement parti au Texas pendant un mois, chez Joe Hayes, pour apprendre directement à la source, le reining m’intéressait déjà. A mon retour j’ai commencé à monter des poulains chez David Roux, et c’est là que j’ai vraiment le plus appris, puis j’ai fait connaissance du cheval de ma vie, Ab Great Cody, étalon QH avec qui j’ai fait mes premières compétitions de reining.

📸 Et la photographie ?

La passion de l’image a toujours été ancrée en moi : le dessin, la peinture, figer des moments de vie sur un bout de papier, je trouve ça formidable et toujours magique.

J’ai créé mon entreprise de graphisme/photo en 2007, mais j’ai débuté réellement ma carrière de photographe « bêtement » chez David Roux au Ranch de l’Etalon Blanc, à faire des prises de vue de chevaux par-ci par-là lorsque je montais chez lui. Il m’a demandé de couvrir son show en 2010, et la boule de neige a commencé à devenir assez importante pour me lancer à 100 % en 2011. Les demandes affluaient et j’ai dû me lancer pour répondre à ma future clientèle.

Mon parcours a connu plusieurs virages décisifs, et d’autres suivront sans doute. Parmi eux, devenir photographe officiel de la NRHA France jusqu’en 2018, ou du Salon du Cheval de Paris en 2015, ou encore couvrir le CS Classic en 2017 au CS Ranch en Suisse chez Gina Schumacher. Et réaliser un livre sur les portraits des reiners français en 2016.

Je n’ai jamais aspiré à devenir « un certain photographe » ou imaginé une carrière précise. J’ai toujours suivi mon instinct, sans plan ni rêve préétabli. Les opportunités se sont présentées, presque par hasard, et j’ai avancé pas à pas, comme je le fais encore aujourd’hui. Je suis fier du chemin parcouru, même s’il s’est dessiné sans que je l’aie vraiment anticipé.

J’ai toujours cette passion : photographier aussi bien des figures emblématiques que des anonymes. J’ai plusieurs projets de livres en cours — certains avancent, mais c’est un travail de longue haleine. Si un jour l’inspiration ou l’envie venait à me quitter, je m’arrêterais sans hésiter. J’aime rencontrer d’autres photographes de divers domaines qui me fascinent, échanger sur leurs voyages, leur façon de voir les choses, mais la collaboration en France sur le domaine de la photo western n’est pas simple.

🐎 Le photographe western ?

La photographie western, c’est documenter un mode de vie, ses disciplines et son authenticité à travers des images dynamiques, contrastées et profondément humaines. Il ne faut pas se limiter à une seule méthode, une discipline ou une personne. Le Western est un état d’esprit, une forme de liberté — et il se retrouve dans bien plus d’univers qu’on ne l’imagine. Ce qui compte le plus pour un photographe western : la passion, la patience et le respect.

Maîtriser l’univers du cheval est essentiel : savoir décrypter ses mouvements, interpréter ses regards, anticiper ses craintes et comprendre son environnement. La photographie western, repose sur l’authenticité et des valeurs fortes. Selon le type de séance, il est crucial de respecter les traditions, notamment dans le choix du matériel. Aujourd’hui, une touche de modernité peut s’y intégrer, mais toujours en préservant l’esprit originel et avec discernement.

 

Le Reining est une de mes spécialités. Je suis tombé dans cet univers un peu par la force des choses étant cavalier de Reining, mais cette discipline m’a vite captivé : c’est la maîtrise, la précision et l’excellence du dressage western. Le cow-horse aujourd’hui va encore plus loin, en ajoutant toute la dimension technique liée au travail avec la vache. Figer des manœuvres comme un spin, un sliding-stop ou un grand cercle rapide et puissant reste toujours impressionnant : tout est une question de timing, d’intensité et d’émotion.

Mon style s’est construit tout seul, je n’ai rien forcé, et je l’apporte sur chacune de mes photos, compétition ou non, chaque photographe possède « son œil ». On peut se spécialiser en Reining ou Cutting par exemple, mais je pense qu’il faut savoir s’intéresser à tout. La maîtrise s’apprend et évolue, mais le style est propre à chacun.

🖼️ Tes photos marquantes ?

Les photos les plus marquantes sont souvent celles auxquelles on ne s’attend pas. J’aime beaucoup, par exemple, celle de Fabien Boiron avec Jac Whiz à Equita’Lyon en 2014 : il remporte l’Open en Level 1 ce jour-là, et à la fin de son run, il désigne son cheval du doigt pour montrer que c’est lui qui a fait le travail — évidemment dans un vrai partenariat. L’ambiance, la simplicité du geste, l’absence totale de mise en scène en font une image vraiment particulière.

 

Il y a aussi celle de Romuald Poard et Peppy Ruf Sailor lors des Jeux Équestres Mondiaux en 2014 également en Normandie : il sort du run, se retourne et remercie le public français avec un pouce levé. Un geste spontané, sincère, qui raconte à lui seul tout un moment.

Chaque compétition a sa propre identité et offre quelque chose de particulier. Les épreuves les plus attendues restent bien sûr les finales Open ou Non-Pro L4. Mais ce que j’apprécie par-dessus tout, ce sont les shootings privés au sein des structures ou les portraits, qui permettent un vrai contact humain.

👁️ Ton regard d’artiste ?

Ce qui me fascine le plus dans le cheval, c’est la force, liberté, puissance mais aussi cette fragilité que le cheval possède, c’est une proie avant tout.

En compétition, le moment le plus fort à photographier est la fin du run, surtout si le couple gagne, mais aussi s’il perd, les émotions sortent. Et pour la capter, coup de bol… L’instant déclic… On ne peut rien prévoir c’est ça le challenge.

Vu le nombre de participants lors d’une compétition, il est difficile de se concentrer « artistiquement » sur chaque run. Il m’arrive de photographier 170 runs en une journée, ce qui représente 17 heures de shooting environ. Il faut se concentrer sur les moments les plus importants sans dénigrer toutes les classes, rien de bien simple.

L’expression du cheval et du cavalier ont beaucoup d’importance, comme la performance sportive : chaque moment possède une expression, on peut avoir un superbe stop et une expression de visage atroce… mais là ça ne dépend pas de moi, bonjour Photoshop !

Je recherche avant tout une attitude. Selon l’instant, je capte l’émotion, la douceur, la complicité… Ou, en compétition, la puissance et la précision. C’est à moi de saisir ce moment décisif, au moment où j’appuie sur le déclencheur. Rien n’est jamais aussi simple qu’il n’y paraît.

⚙️ La technique ?

Quand j’arrive sur un lieu de prises de photos, je regarde en premier la lumière et l’environnement. Suivant la discipline, je cherche toujours le meilleur placement afin d’obtenir le meilleur angle. Ensuite la meilleure attitude à obtenir.

Le matériel photo évolue sans cesse, tout comme les logiciels, et il faut savoir s’adapter. Aujourd’hui, les « Reels » occupent une place grandissante : c’est un format instantané, très en vogue, qui permet à presque n’importe qui de devenir vidéaste en un rien de temps grâce aux progrès des appareils. Il faut donc composer avec cette tendance et continuer à démontrer que la photographie garde une place essentielle.

Dans tous les domaines, on peut créer du sublime comme du médiocre… Avoir le matériel le plus performant ne suffit pas : sans regard averti, sans passion et sans une profonde connaissance de son sujet, même le meilleur appareil ne donnera rien de mémorable. C’est l’alliance de ces éléments qui fait la différence. Rien n’est difficile si l’on aime ce que l’on fait.

Avec l’expérience, sans prétentions, je ne trouve plus vraiment de difficultés dans les mouvements à capter, qui sont parfois à haute vitesse. Ma seule préoccupation est la lumière à gérer, et l’environnement. Ensuite c’est le sujet qui fera tout et ma façon de l’exploiter.

Pour transmettre une histoire, on recherche avant tout l’authenticité, le contexte, les détails, la composition, le lieu, la saison… Et l’humeur du moment.

🧩 Tes autres activités ?

Sans aucune formation de journaliste, j’ai été propulsé correspondant de presse pour Newestern Magazine par Marc Bainaud pendant 12 ans. J’étais chargé de relayer les informations sur les différents shows que je couvrais ainsi que quelques reportages techniques. J’y ai appris à affûter mon écriture, à choisir les mots justes, à structurer un reportage selon les attentes… Encore plus de rigueur sur les délais à tenir, les photos attendues. Je le remercie pour son aide et la confiance qu’il a eu en mon travail.

J’ai aussi une activité de graphiste, entre autres, de la NRHA France depuis 2011. Pour un graphiste, l’idéal est de pouvoir travailler avec ses propres photos. Pas par ego, mais d’abord pour des questions de droits d’images, cela évite des démarches que beaucoup de monde oublie, et surtout de qualité — un détail crucial quand une affiche, par exemple, doit être imprimée en grand format. Puis en tant que photographe qui couvre l’événement en question, cela met également en valeur son travail.

J’ai aussi été graphiste au Salon du Cheval de Paris en 2019, c’était un énorme challenge. Je visitais gamin avec mes parents le Salon du Cheval, habitant juste à côté à l’époque, et là je me retrouve à gérer tous les visuels… De l’affiche au programme, la billetterie, jusqu’aux pubs dans le métro. Je remercie encore Jessica Bosnet (Gordon) pour m’avoir apporté sa confiance ce jour-là. Je peux dire que j’ai été fier d’avoir réalisé cet « énorme chantier », et de voir le résultat physiquement qui est juste impressionnant. On imagine les visuels dans son esprit, puis sur son ordinateur, mais on ne se rend pas compte de la dimension réelle.

Je propose également mes talents de graphiste à diverses structures ou pour divers événements. Concernant une structure, j’aime bien, selon la possibilité, me rendre sur les lieux pour m’imprégner de l’ambiance, rencontrer les gens et savoir où chaque chose se situe. Les gens ont généralement une préférence dans les couleurs et la stratégie visuelle à adopter, sinon je leur fourni quelque chose selon mes idées. Concernant un événement en général je fais à ma sauce, en demandant les éléments essentiels, mais sur les compétitions majeures, le cahier des charges est souvent déjà bien établi.

Globalement, cavaliers et entraineurs recherchent une identité visuelle : il ne s’agit pas vraiment d’une évolution, mais plutôt d’une volonté constante de s’identifier, ce qui est tout à fait naturel. Les racines sont aux États-Unis, où chaque ranch possède son propre « brand » — une marque distinctive. À l’origine, ce brand servait à identifier les troupeaux et à retracer l’appartenance des animaux. En somme, il s’agissait d’un moyen de savoir d’où venaient les bêtes. Aujourd’hui, c’est une appartenance à une écurie de reining par exemple, faire partie de la même « team ».

🤠 L’évolution de l’équitation western ?

Restons positif, l’équitation western en France évolue clairement : elle se professionnalise, gagne en qualité et touche un public plus large. Mais sa progression reste lente, principalement faute d’unité et de visibilité nationale. On ne possède pas la culture Western ancrée comme aux États-Unis, et l’aspect économique peut freiner certains, la conjoncture actuelle n’aide en rien.

Malgré ça, la communauté est incroyablement passionnée, ce qui fait que le potentiel de développement reste énorme, mais il faut encore du temps, des projets structurés, et des acteurs forts pour l’amener à un vrai nouveau niveau.

A l’échelle Européenne, rien n’est gagné non plus, le marché est également difficile, beaucoup d’entraîneurs font le choix de partir outre-Atlantique, ne voyant plus leur avenir en Europe, mais grâce à la victoire récente de nos européens voire français sur de grands événements aux USA, la tendance peut encore évoluer.

💬 Le mot de la fin ?

Mon rêve serait de vivre des moments de vie bruts et intenses : participer à un cattle drive d’envergure aux États-Unis, pour immortaliser chaque instant d’authenticité, j’en rêve « la vie, l’amour, les vaches » ! Monter à cheval à leurs côtés, vivre l’aventure, partager leur quotidien et m’évader en même temps. J’aime m’immerger au cœur de l’action, m’isoler pour savourer l’instant présent. Si, en plus, je parviens à capturer toute cette essence à travers mon objectif, c’est la cerise sur le gâteau. Alors si quelqu’un connaît une adresse… 😉

Je n’ai pas de message particulier pour ceux qui voudraient faire rayonner l’équitation western à travers l’image : aujourd’hui, nous évoluons tous dans un véritable dédale numérique, où les réseaux sociaux, bien que puissants, noient souvent les voix et les initiatives sous un flot d’informations. Chacun en a conscience : la communication est devenue un pilier indispensable, mais encore faut-il en maîtriser les codes et en avoir les moyens. Je n’ai pas la solution magique à tout cela. Il faut prendre exemple là où ça fonctionne et faire en sorte que ça marche pour soi-même en restant solidaire également, car chacun de son côté on n’avance pas.

✨ Un grand merci à Greg pour le temps accordé, la richesse de ses réponses et la passion avec laquelle il partage son métier et sa vision du Western ! ✨

Pour le contacter :

🌟 Et vous, quel est le style de photo western que vous aimez le plus : les portraits, l’action en compétition, les scènes de ranch, les paysages, ou les moments volés du quotidien ? Dites-le nous en commentaire ! 👇

Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

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