RENCONTRE avec… Virginie Lemort, compétitrice internationale de Showmanship

Dans cette nouvelle interview EWF, nous partons à la rencontre de Virginie Lemort, cavalière reconnue sur les circuits européens, à la tête des Écuries du Clos Fleuri – CF Performance Horses en Moselle.
Du saut d’obstacles à l’équitation américaine, du travail à pied aux plus grands championnats internationaux, Virginie nous ouvre les portes de son parcours, de sa vision du showmanship et de l’exigence quotidienne qu’impose cette discipline d’exception.

⭐ Travail ⭐ Rigueur ⭐ Contrôle ⭐

ℹ️ Je suis Virginie Lemort, cavalière, compétitrice et éleveuse. J’exploite les Écuries du Clos Fleuri – CF Performance Horses, situées à Metzervisse (Moselle), depuis 2008. J’évolue aujourd’hui au plus haut niveau européen en showmanship

📖 Ton histoire ?

Je monte à cheval depuis l’enfance. J’ai commencé très tôt avec les poneys de la maison, avant de pratiquer une équitation exclusivement classique, la seule enseignée dans ma région d’origine, le Nord de la France. Je me suis orientée vers le saut d’obstacles dès l’âge de 12 ans et j’ai passé de nombreuses années à m’entraîner et à concourir dans cette discipline.

En 2000, un tournant majeur s’opère lorsque mon compagnon Olivier me fait découvrir une autre approche du cheval : le natural horsemanship et l’équitation américaine. C’est une révélation. J’engage alors mon poulain Selle Français dans cette voie et je participe à mes premiers shows FFEA, puis NSBA en Belgique, en trail, pleasure, hunter under saddle, ainsi qu’à quelques sorties en team penning en Alsace.

En 2006, nous faisons le choix d’importer de jeunes juments Quarter Horse directement des États-Unis, avec l’objectif clair de performer sur les circuits européens. Je participe alors régulièrement aux compétitions AQHA en Belgique, au Luxembourg, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas.

En 2009, nous construisons les Écuries du Clos Fleuri, implantées sur 12 hectares. Elles comprennent aujourd’hui 15 box, un manège de 55 × 25 m et un rond de longe de 20 m. Nous y proposons des chevaux issus de notre élevage, des pensions ainsi que des clinics en équitation américaine, animés par des entraîneurs de renommée internationale.

L’équitation western est aussi une aventure familiale. Ma fille Julie a commencé à sortir en concours dès l’âge de 12 ans avec nos chevaux, sous la guidance de Barbara Ceusters. En 2012, elle a intégré l’équipe luxembourgeoise QHAL et a terminé 8ᵉ en showmanship individuel lors de la Youth World Cup en Allemagne.

🌱 Tes débuts en Showmanship ?

En 2006 j’ai travaillé avec une jeune entraîneuse belge, Barbara Ceusters, qui m’a fait découvrir le showmanship. J’avais alors une jument Quarter Horse « Pretend to Invest » qui avait des talents pour cette discipline, et nous avons commencé à concourir en Belgique.

C’était totalement nouveau pour moi, mais j’ai immédiatement adoré le travail à pied. Il permet de créer une relation différente, plus subtile, avec le cheval, basée sur la confiance et la connexion.

Ce qui m’a donné envie de m’entrainer sérieusement :

J’ai toujours eu l’esprit de compétition. Pour performer, quelle que soit la discipline, je suis convaincue qu’il n’y a pas de secret : il faut travailler. J’ai donc rapidement cherché à m’entourer d’entraîneurs de haut niveau pour évoluer efficacement.

Grâce à la qualité des chevaux que nous avions acquis dans un objectif de performance, mes premières sorties ont été récompensées par des podiums, ce qui m’a définitivement confortée dans mon choix de discipline.

🐎 Tes juments ?

Je travaille aujourd’hui avec deux juments Quarter Horse issues de notre élevage Le Clos Fleuri – CF Performance Horses :
• Eden Ride, 11 ans (Iron Age × Lukin Lika Dream)
• A New Luke, 9 ans (A New Perspective × Lukin Lika Dream).

Nous avions importé leur mère, Lukin Lika Dream, des États-Unis en 2006. Elle est une fille de Luke At Me, étalon américain ayant performé et produit des gagnants au plus haut niveau mondial.

Je concours actuellement avec A New Luke, que j’appelle Bella. Son entraînement est assuré à la maison par Olivier, et je travaille régulièrement avec Guylaine Deschênes, lors de clinics chez nous et sur les shows.

Bella est une jument extrêmement talentueuse, avec un caractère bien affirmé… comme toutes les grandes divas !

🏆 Nos principaux titres 2024–2025
🏅 Championne d’Allemagne
🏅 Championne de Belgique
🏅 Championne Eurosummit (Pays-Bas)
🥉🥉 Double médaillée de bronze aux Championnats d’Europe
🏅 Championne Equitalyon
🌍 Qualifiée pour les Championnats du Monde.

✨ Le Showmanship ?

J’apprécie particulièrement la proximité qu’offre cette discipline avec le cheval. Les sensations sont très différentes de celles ressenties à cheval. Le showmanship est également une excellente préparation au travail monté : lorsqu’un cheval maîtrise les manœuvres à pied, leur exécution en selle devient bien plus naturelle.

Je mets volontairement la vitesse de côté. Pour moi, tout repose sur la connexion. C’est elle qui apporte la précision, la fluidité et la réactivité. La répétition permet progressivement au cheval de comprendre l’exercice et d’y répondre avec justesse.

La bonne exécution des manœuvres est toujours de la responsabilité du compétiteur. Le cheval ne peut bien faire que ce qu’on lui demande correctement. C’est une règle valable à pied comme à cheval : si quelque chose ne fonctionne pas, il faut d’abord se remettre en question… le pilote, c’est toi.

😎 La présentation et le style ?

En showmanship, la présentation est fondamentale. La tenue du cavalier doit être irréprochable, propre et soignée. Des points sont attribués à cet aspect, tout comme à la préparation du cheval.

Une anecdote marquante : un jour, un juge remarqué que je portais des bottes de ville sous mon pantalon au lieu de bottes western… Résultat : dernière place. Une erreur que je n’ai faite qu’une seule fois !

Le cheval doit être irréprochable : généralement je le douche la veille, les crins sont nattés, les pieds sont noircis, et j’ajoute une fausse queue, du gloss sur la bouche et autour des yeux. Le licol doit lui aussi être parfaitement propre.

Tout est question d’équilibre : attirer l’œil du juge sans jamais tomber dans l’excès ou le mauvais goût.

🏋️‍♂️ L’entraînement ?

Je m’entraîne un peu chaque jour, même brièvement : mise au carré, reculé en main, en début ou fin de séance, avant ou après le travail monté.

Une séance exclusivement dédiée au showmanship doit rester courte, car elle exige une forte concentration du cheval. Je commence alors toujours par longer ma jument afin qu’elle se détende physiquement avant de solliciter son mental.

Je privilégie donc des séances combinées : environ 10 minutes de showmanship intégrées à une séance montée.

Je travaille un thème à la fois (par exemple départs au trot et arrêts), sur plusieurs jours si nécessaire. De temps en temps, je réalise une pattern complète sous l’œil du coach afin d’identifier les points à améliorer.

Les exercices que je pratique le plus sont la mise au carré – facile à intégrer au quotidien et qui devient vite un réflexe – et le reculé, excellent pour l’engagement et la musculature de l’arrière-main.

À la maison, je travaille avec Olivier, très exigeant il ne laisse rien passer … mais l’efficacité est au rendez-vous !
En clinics et en concours, je suis coachée par Guylaine Deschênes Show & Coaching, dont j’apprécie les qualités de pédagogue, la précision des techniques, le professionnalisme et la bonne humeur.

🏆 Les compétitions ?

Pour participer aux shows de la race, l’adhésion à l’American Quarter Horse Association (AQHA) est obligatoire. Selon les pays, il est également nécessaire d’être affilié aux associations nationales pour pouvoir accéder aux championnats : BQHA (Belgique), NQHA (Pays-Bas), QHAL (Luxembourg) et DQHA (Allemagne).
Je suis aussi membre de la NSBA américaine (National Snaffle Bit Association), qui organise des shows toutes races en Europe.

Avant une compétition, il est indispensable de maîtriser la pattern. Parce que je suis plutôt visuelle, je travaille toujours sur une impression papier que j’annote en utilisant un code couleur pour chaque allure et chaque manœuvre (par exemple vert pour le pas, jaune pour le trot, etc.). Je la visualise ensuite mentalement, les yeux fermés.
La veille de la classe, je répète plusieurs fois la pattern sans cheval. Autant dire qu’on doit parfois me prendre pour une folle dans les allées des boxes ! Ensuite, je la pratique deux ou trois fois avec le cheval en main.

Juste avant d’entrer en piste, je teste les éléments clés : arrêts, reculés, pivots, mise au carré, départs au trot. Mon objectif est simple : vérifier que mon cheval est connecté et disponible.

En concours, le trac est toujours présent, alors j’essaie de me mettre dans ma bulle, de rester concentrée et de souffler profondément avant d’entrer en piste. Une fois lancée dans la pattern, tout s’enchaîne. Le meilleur moyen d’apprivoiser ce stress reste l’expérience : plus on sort, plus on apprend à le gérer.
La pattern est jugée dans son ensemble, avec un capital de départ de 70 points, comme en reining. Chaque manœuvre peut être créditée ou pénalisée selon sa réalisation. Le juge évalue aussi la capacité du compétiteur à mettre son cheval en valeur sur chaque exercice.

Les longues patterns offrent davantage d’opportunités pour démontrer ton niveau que les courtes … mais demandent aussi plus de souffle et de condition physique. C’est à ce moment-là que l’on remercie son coach sportif !

💫 Tes moments forts ?

Mon tout premier moment marquant en concours reste mon premier classement en Belgique, lors de mon tout premier show avec Pretend To Invest. C’était une immense fierté et surtout une confirmation que j’étais sur la bonne voie. Un grand merci à Barbara Ceusters, qui m’a formée, accompagnée et soutenue à cette étape clé de mon parcours.

Ce dont je suis la plus fière aujourd’hui, c’est avant tout de l’évolution de ma technique, et par conséquent de mes résultats, au fil des années. Le showmanship est une discipline exigeante qui ne laisse aucune place à l’approximation, et chaque progression, même minime, demande du temps, du travail et de la remise en question.

J’ai eu la chance de participer pour la première fois aux Championnats d’Europe Quarter Horse à Kreuth (Allemagne) en août 2025. Ce rendez-vous rassemble les meilleurs chevaux et compétiteurs européens, et y décrocher une médaille de bronze en showmanship a été un moment particulièrement fort, chargé d’émotion et de fierté.

Un souvenir plus léger me revient également : lors d’un grand show aux Pays-Bas, persuadée d’être en retard pour ma classe de showmanship, j’ai failli entrer… dans la classe youth, réservée aux moins de 18 ans. Dans le stress et la précipitation, je ne m’étais rendu compte de rien ! Heureusement, le steward m’a arrêtée à temps. J’en ris encore aujourd’hui, mais la morale est simple : anticiper, s’organiser et rester calme, même en concours.

💡 Tes conseils ?

Le conseil qui m’a fait le plus progresser, et qui reste encore aujourd’hui le plus exigeant pour moi, c’est la rigueur. Ce n’est pas toujours dans mon tempérament naturel, mais c’est une clé incontournable de la performance.

L’un des aspects les plus difficiles à maîtriser au début a été mon stress à l’entrée en piste. Avec le temps, j’ai appris à mieux l’accepter et à le canaliser.

Quand on débute, il est essentiel de ne pas vouloir aller trop vite. Les manœuvres doivent être travaillées une par une, puis assemblées progressivement, comme une chorégraphie. Dans la pattern, il faut toujours terminer correctement une manœuvre avant d’enchaîner la suivante.
La précision est bien plus importante que la vitesse. Et paradoxalement, plus on va vite, plus les gestes doivent être lents, posés et précis pour conserver de la fluidité.

Une erreur fréquente en concours est de se présenter sans préparation suffisante du cavalier ou du cheval. Cela vaut pour le showmanship comme pour toutes les autres disciplines.
Mon meilleur conseil pour débuter – et pour progresser – reste le même : choisir un bon coach.

🛤️ L'évolution du showmanship ?

En France, et plus largement en raison de notre héritage équestre très marqué par la tradition militaire, l’équitation western reste encore peu développée et peu médiatisée, à l’exception du reining.
Alors quand on parle de showmanship, beaucoup de cavaliers ne savent même pas de quoi il s’agit.

Pourtant, le travail à pied est la base du travail monté. De nombreux problèmes rencontrés à cheval peuvent être résolus simplement en revenant aux fondamentaux à pied. Le showmanship est, à mes yeux, la démonstration ultime que ces bases sont acquises.

J’espère sincèrement que la discipline continuera à se développer dans les années à venir. L’AQHA et la NSBA font un travail remarquable pour promouvoir les disciplines western, et les associations nationales peuvent s’appuyer sur ce soutien pour faire évoluer les mentalités et les pratiques.

💬 Le mot de la fin ?

L’équitation western, par la diversité de ses disciplines, offre de formidables opportunités à tous les profils de cavaliers. Que vous ayez un jeune cheval ou un cheval expérimenté, que vous préfériez le travail à pied ou monté, il existe forcément une discipline qui vous correspond.
La performance demande du travail, de la patience et de la régularité, mais le jeu en vaut largement la chandelle.

Le showmanship est une discipline ludique et formatrice, idéale pour une première approche de l’équitation western. Elle permet également aux cavaliers débutants, ou à ceux qui appréhendent le travail monté, de développer confiance et connexion avec le cheval.

Le Quarter Horse reste mon cheval de prédilection, mais tous les équidés peuvent pratiquer le showmanship avec de l’entraînement, de la patience et de la rigueur
À celles et ceux qui hésitent encore :
=> l’essayer, c’est l’adopter.

✨ Un immense merci à Virginie pour son témoignage et ses conseils, ainsi que le temps consacré à partager son expérience et sa passion avec la communauté EWF. ✨

Pour la contacter :

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Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

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