RENCONTRE AVEC… Ophélie de Favitski, compétitrice de para-reining !

Je m’appelle Ophélie de Favitski, j’ai 45 ans, et j’habite à Saint-Pourçain-sur-Sioule, dans l’allier (Auvergne Rhône Alpes). J’ai 2 enfants, et j’ai ma propre structure équestre où j’enseigne l’équitation classique et où je propose également l’initiation à l’équitation western : Ecurie des cordeliers, à Saint-Pourçain-sur-Sioule.

⭐ Rigueur ⭐ Diversité ⭐ Polyvalence ⭐

🌾 Ton parcours ?

En 2003, alors que je préparais mon BEES 1er degré, j’ai reçu un coup de pied de cheval dans le visage qui m’a fait perdre la vue de façon complète et définitive.

En sortant de l’hôpital, la première chose que j’ai réclamé était d’aller aux écuries. 3 mois après, j’étais à nouveau à cheval ! Je ne me suis jamais posé la question de remonter ou non, et c’est grâce à mes chevaux que je n’ai jamais eu besoin d’aller chez un psy !

J’ai finalement obtenu mon BPJEPS mention équitation en 2012.

J’ai toujours aimé la compétition. Avant mon accident, je pratiquais le CSO. Puis, après mon accident, j’ai vite retrouvé les terrains de concours avec le para-CSO.

J’ai toujours pratiqué l’équitation classique. Mais depuis 2018, je pratique également l’équitation western, en compétition en reining, mais également en horsemanship, ranch riding…

En 2018, j’ai appris que des épreuves de para-reining étaient au programme d’Equitalyon. J’ai été orientée à ce sujet vers Gwladys Mialon, en charge du sujet pour GL-Events.

J’avais jusque-là eu de brèves expériences avec l’équitation western, et j’ai toujours été curieuse. Donc, quand Gwladys m’a dit qu’il n’y avait pas de cavalier pour représenter la France, la question s’est posée de savoir si je pouvais éventuellement y participer.

C’est alors Jean-Yves Granottier qui a relevé le défi à nos côtés et qui, en 10 leçons, m’a permis de dérouler mes premiers patterns de reining sur l’arena d’Equita !  

Les championnats du monde de para-reining à Lyon étaient pour moi un peu une revanche suite à l’arrêt du circuit para-CSO, et EquitaLyon est le premier concours où j’avais pu participer à ces épreuves, alors revenir sur cet évènement dans une autre discipline était symboliquement déjà une victoire.

🏋️ Ton entrainement ?

Ma jument est à la maison, dans mon écurie, car les déplacements sont toujours pour moi la plus grande difficulté dans ma logistique. Je la travaille seule au quotidien, avec 4 enceintes situées dans ma carrière, qui me servent à me situer dans l’espace. Si j’ai quelqu’un sous la main pour faire des vidéos, je les envoie à Gwladys qui me coache avec ma jument : elle me donne ainsi des pistes de travail et nous nous retrouvons sur les shows pour affiner tout ça.

Je n’ai pas encore toutes les compétences pour travailler seule en équitation western. A l’heure actuelle, c’est toujours Gwladys qui me coache, même si au début elle refusait de le faire car elle dit d’elle qu’elle n’est pas entraineur de reining !

La plus grande difficulté technique pour ma préparation est la distance avec Gwladys, qui ne nous permet pas de travailler autant que j’en aurais besoin. Ensuite, ma carrière ne permet pas d’effectuer des stops, et n’est pas couverte donc, en cas d’intempéries, l’utilisation des enceintes n’est pas possible. Enfin, ma logistique transport est vraiment un casse-tête.

Dans les moments de doute ou de fatigue, pour retrouver la motivation, je m’en remets à ma jument qui connaît son travail, et j’ai un fantastique soutien de Gwladys qui sait me mettre un coup de pied aux fesses en cas de besoin.

🐴 Ta relation avec les chevaux ?

Plusieurs chevaux ont marqué ma vie :

  • Epinette Des Clos, avec qui j’ai remporté de nombreuses fois les Championnats de France et le circuit Coupe de France de para-CSO
  • Charming Girl Z, qui m’a fait prendre conscience que les autres n’ont pas le droit de me dire quelles sont mes limites car elle a toujours répondu présente, même dans les défis les plus relevés
  • Léo Dyn Boogi DC, appartenant à Charlotte Granottier, avec qui j’ai vécu mes premières sensations et émotions en 2018 en para-Reining à EquitaLyon
  • Et bien sûr, ma petite Roosterlena avec qui je vis depuis un an et demi une jolie histoire et qui me fait progresser dans mes compétences en équitation western et avec qui j’ai scoré un beau 210 lors des Championnats de Monde à Givrins, en Suisse, cette année !

    Ma jument, Roosterlena, a 7 ans, et je l’ai depuis février 2024. Elle est baie, et mesure 1m46. Son surnom est « Petit dragon », car derrière son côté calme et imperturbable se cache une capacité à monter très vite en pression !

Depuis la perte de la vue, j’ai besoin, quel que soit le cheval, de passer du temps avec. Et pas forcément sur son dos : je m’occupe d’elle au quotidien. D’ailleurs, elle est dans le pré le plus pratique pour moi, pour que je sois autonome pour m’en occuper, aller la chercher au pré, la nourrir, la soigner…

A cheval, tout passe par ce qu’elle me transmet par son comportement. Je suis à son écoute permanente avec mes sensations. Elle sait qu’elle a le droit de s’exprimer, et je lui demande d’être autonome dans certaines circonstances. Elle a su s’adapter à mon fonctionnement, et elle me fait confiance parce qu’elle a compris, je pense, que je lui remets également toute ma confiance. Je sais qu’elle est « avec moi » quand elle répond à mes demandes les plus fines.

Je privilégie le fait de m’occuper moi-même de Roosterlena, et je suis la seule à la monter à part en de rares occasions où Gwladys monte dessus pour comprendre un problème si je n’arrive pas à faire un exercice malgré ses explications. Je veille également à varier ses activités et les disciplines pratiquées pour préserver son mental. Je pense que c’est un peu grâce à toutes ces petites choses qu’elle me fait confiance, et vice et versa.

🏆 Les compétitions ?

Les compétitions de para-reining sont rares, mais je participe également à des shows NRHA ou FFE en inclusion.

Lors des compétitions, la plus grosse problématique est la détente avec tous les autres cavaliers, et le fait qu’il ne m’est presque jamais possible de travailler certaines manœuvres comme les stops, à part sur les pay time, ce qui est quand même un peu limitant. Mais on se débrouille avec les moyens du bord pour s’intégrer au mieux et les organisateurs, en général, nous réservent un super accueil.

La plus grande différence avec l’entraînement, c’est que dans ma carrière je suis seule, et que je n’ai pas les moyens logistiques pour répéter mes patterns. A la maison, je travaille sur certains points techniques, mais je ne fais jamais de reining.

En compétition, grâce au soutien des autres cavaliers ou coachs, j’ai suffisamment de souffleurs pour dérouler mes patterns dans de bonnes conditions.

Pour visualiser le run, j’ai toujours eu une bonne représentation mentale et une bonne mémoire. Donc on me l’explique une fois, et en cas de pattern vraiment compliqué, on me le dessine dans la main, et ça suffit.

Je ne suis pas quelqu’un de naturellement stressé, ce qui me permet de rester assez concentrée. Mais Lena sent très bien que je suis tout de même un peu plus tendue, ne serait-ce que par nos conditions de détente à l’échauffement qui nous demandent, à Gwladys et moi, beaucoup plus de vigilance. Donc j’essaie d’appliquer un conseil que j’ai reçu aux Championnats du Monde : monter à l’entraînement comme en show, et monter en show comme à l’entraînement. A Givrins, ça a fonctionné !

Quand je sens que la pression monte autour de moi, je me centre sur la jument, moi, et notre travail car quoi qu’il puisse se passer, on est là pour se faire plaisir.

Je pense qu’il faut savoir oser, mais surtout, comme n’importe quel cavalier de reining, il faut être plus exigent avec soi-même qu’avec son cheval !

🌟 Tes moments marquants ?

Un run qui m’a particulièrement marquée : le run de l’individuel en 2018 où j’ai fini avec un score de 0 à cause d’une inversion entre petit et grand cercle, car sinon j’avais fait un pattern qui aurait dû m’offrir la victoire avec le fantastique Léo. Je m’en suis beaucoup voulu, car s’il y a quelque chose qui fonctionne bien chez moi, c’est la mémoire. Mais j’avais mal appris mon pattern !

Des moments forts plus positifs :

  • La fin de mon tout premier pattern en para-reining à EquitaLyon en 2018, où l’émotion a pris tout le public qui n’avait jamais vu ce type de prestation, et la joie pour toute l’équipe qui m’a accompagnée d’y être arrivée !
  • Mon score de 210 cette année aux Championnats du Monde, qui récompense tous ceux qui me soutiennent dans mes aventures, et le travail accompli, malgré des conditions d’entraînement assez aléatoires.

⚡ Avant les concours ?

Le choix des shows dépend de l’âge des chevaux, de leurs capacités, et parfois… du budget.

Je n’ai pas de programme spécial avant un show : simplement demander ce que le cheval sait faire, ni plus, ni moins.

Les déplacements se passent bien, en camion et van. J’essaie toujours d’arriver un ou deux jours avant les épreuves pour que les chevaux se posent et s’imprègnent du lieu.

Souvent, je stresse avant d’arriver sur le lieu du concours, puis, une fois sur place, tout se transforme en bonne adrénaline. Je n’ai pas non plus de rituel particulier, simplement celui de ne jamais demander plus que ce que le cheval peut donner.

Avant un run, je gère le trac en me disant que je suis « à la maison ». Je me mets dans ma bulle et reste concentré sur l’instant présent. Et pour les cavaliers stressés… un shot de vodka peut aider :-D.

🌧️ Tes difficultés ?

En premier lieu, je dirais trouver un cheval qui me convienne. Mais je pense que j’ai trouvé celle qui était faite pour partager cette aventure avec moi !

Et puis ma problématique quotidienne qui se transpose forcément pour ma pratique, c’est l’organisation de mes déplacements avec ma jument.

En compétition, de manière générale, les cavaliers de reining valides sont plutôt bienveillants avec moi. Parfois, lors des détentes, ils sont tellement dans leur bulle qu’il arrive qu’ils ne fassent pas trop attention à nous. Certains disent même qu’ils ont oublié que je ne vois pas.

Lors des épreuves para, la compétition prend le dessus et c’est pour la plupart des cavaliers chacun pour soi, sans forcément prendre les autres en compte. Mais je pense que c’est aussi un souci d’attention des coachs qui ne voient que leur cavalier, et oublient qu’il y a d’autres cavaliers en situation de handicap autour d’eux.

💫 Le para-reining ?

En France c’est compliqué, déjà par manque d’épreuves spécifiques qui permettraient de faire savoir que c’est possible et accessible.

En Europe, il me semble que les Italiens sont les plus en avance et qu’ils ont plusieurs shows proposant des classes para. Aux Etats-Unis il semble que le WPR s’essouffle, mais qu’il y a une volonté de relancer le para-reining.

Je pense qu’il manque de manière générale une association internationale qui prendrait en main le para-reining, et coordonnerait les pays désireux de développer cette discipline, et qui pourrait faire un règlement cohérent qui serait repris par les organisateurs de show qui souhaiteraient proposer des classes para.

Je pense que si, lors des grandes échéances, des classes para sont ouvertes, cela permettra une plus grande visibilité et ne pourra que permettre de développer le para-reining. Il serait bien que la catégorie Para ait sa place comme les Pros, les Non-Pros, les Prime Time ou les Youth.

Certes, au début il n’y aura peut-être pas beaucoup de cavaliers, mais toutes les personnes en situation de handicap ne peuvent pas participer en inclusion comme moi

Pour les cavaliers qui voudraient se lancer dans l’aventure, je leur dirais que le reining est dangereux car quand on y a goûté, on ne peut plus s’en passer ! Mais surtout que c’est une discipline tout à fait accessible quel que soit le handicap, et qu’en para-reining la classification permet d’ouvrir la discipline au plus grand nombre.

👉 Le mot de la fin ?

J’aimerais que le public retienne que, au-delà de mon handicap, je suis une cavalière comme les autres, et que je suis capable de tout autant de travail technique que les autres

 J’aimerais que les gens parlent de moi comme d’une cavalière de reining, et pas de l’aveugle qui fait du reining !

Pour information, je serai présente à EquitaLyon 2025 pour présenter des démonstrations de para-reining avant la remise des prix de la finale du Derby Non Pro du vendredi soir, et en ouverture de la finale du Derby Pro du samedi soir. Je participerai également en inclusion aux épreuves GRH (Equita Greatest Ranch Horse) et IRHA (International Ranch Horse Association).

✨ Un immense merci à Ophélie pour son témoignage inspirant, sa disponibilité et sa détermination exemplaire ! ✨

Pour en savoir plus :

👉 L’histoire d’Ophélie vous inspire ? Dites-le-nous en commentaire et partagez vos propres expériences de cavalier ! 👇

Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

Articles: 109

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *