RENCONTRE avec… Nicolas Delalondre et le Ranch de la Boscraie !

Aujourd’hui, cap sur le Pays d’Auge pour découvrir le Ranch de la Boscraie, un coin de Normandie où l’équitation western prend tout son sens : chevaux, bétail, travail fonctionnel, pédagogie bienveillante et une ambiance simple, chaleureuse et authentique.
🎙️ Nicolas nous raconte qu’ici, on vient pour apprendre, comprendre, progresser… Et s’immerger dans une équitation de ranch proche de la réalité du terrain.

⭐ Ranch ⭐ Simplicité ⭐ Transmission ⭐

🤠 Le Ranch de la Boscraie, c’est un petit morceau de Normandie qui a pris l’accent du ranch.
L’idée, c’est de proposer une « Normandie façon western » : une ambiance authentique, du vrai travail avec les chevaux et le bétail, mais dans un cadre accueillant pour les cavaliers débutants comme pour les passionnés.

📖 L’histoire ?

Quittant mon ancien métier, je voulais me consacrer au travail de ranch et le promouvoir auprès du grand public. Finalement quoi de mieux que d’ouvrir un ranch au cœur du territoire français du cheval ?

Le Pays d’Auge, c’est vallonné, vert, entouré de haies, avec des petites routes, des chemins, des pommes et des vaches partout. C’est déjà un décor de western… Version bocage. La Boscraie, c’est un lieu-dit un peu à l’écart, avec suffisamment d’espace pour les chevaux, les bovins, le horse park et les futures évolutions. On est assez isolés pour garder le calme, mais assez proches des bourgs pour accueillir facilement des cavaliers de passage. Un lieu parfait pour ouvrir ce ranch.

A ses débuts, en 2022, il n’y avait que des prés autour de la maison d’habitation et quelques boxes. Rapidement une carrière a vu le jour, un horse park a été créé, et dernièrement les visiteurs et cavaliers peuvent profiter d’un saloon comme clubhouse.

Au départ, l’idée était surtout de travailler des chevaux de loisir et proposer de la pension au pré avec une approche western. Puis je me suis rendu compte que ce qui attirait vraiment les gens, c’était le bétail, le horse park, et l’idée de « vivre une journée de ranch » en vrai.

🏜️ Le ranch ?

On ne sera jamais le Texas, et ce n’est pas le but. L’idée est de garder les codes du ranch américain (travail fonctionnel, bétail, horsemanship orienté terrain), tout en les adaptant à notre bocage normand, à notre météo et à notre réglementation.

Nous sommes un ranch western à taille humaine, avec :
 – une petite écurie de propriétaires,
 – un lieu de vie pour chevaux au pré,
 – un horse park et un troupeau de bovins,
 – et un programme régulier de journées cowboy, stages mountain trail et activités bétail.

 

Des activités complémentaires, mais toujours avec la même idée : le cheval au service du travail de ranch et du plaisir du cavalier.

L’équitation de ranch, pour moi, c’est d’abord une équitation fonctionnelle. On forme un cheval capable de travailler une journée entière, d’aller dehors, de gérer du bétail dans le calme, d’être polyvalent et de rester fiable. Les disciplines de compétition sont intéressantes pour affiner la technique, mais c’est avant tout une recherche de performance sur une partie spécifique (d’où une spécialisation aussi des chevaux).

On travaille bien sûr des Quarter Horses, très adaptés au travail de ranch et au bétail, mais aussi des Paints, et des chevaux de loisir d’autres races plus « classiques ». L’important, c’est moins la race que le mental et la cohérence entre le cheval, son cavalier et ses objectifs.

Nos principales valeurs sont le respect du cheval et du bétail, l’authenticité et une pédagogie bienveillante.

📅 Le quotidien ?

Une journée type commence par les chevaux : vérifier les troupeaux, l’eau, l’état de chacun. Ensuite, on enchaîne avec le foin. Il y a aussi la partie bétail : observation des animaux, gestion des pâtures, parfois déplacement de vaches, soins.
Puis on attaque le travail des chevaux que ce soit en carrière, sur le horse park ou en extérieur.

Et bien sûr, le travail « invisible » : répondre aux messages, préparer les prochaines journées, entretenir les installations, vérifier et réparer les clôtures.

On doit également composer avec la météo et la gestion des pâtures. En ranch, tout dépend de l’herbe et du sol. En Normandie, on a de la chance pour l’herbe, mais il faut jongler avec la pluie, l’état des terrains et le confort des chevaux.
Le planning des stages se cale par-dessus tout ça, donc il faut que chaque pièce du puzzle tombe au bon endroit.

L’équilibre entre la vie personnelle et professionnelle, ce n’est pas une ligne droite. Le ranch, c’est un mode de vie. On ne ferme pas une porte à 18h en oubliant tout. J’habite au milieu de l’exploitation, donc si j’entends un mouvement suspect d’un troupeau, je peux sortir à 2h du mat pour vérifier. Donc l’équilibre reste une notion dynamique et fluctuante, avec des jours « très ranch » et d’autres un peu plus « perso », mais il n’y a pas de « day off » avec les animaux.

Quand je m’arrête pour regarder le troupeau au pré, c’est souvent là que je me dis : « OK, c’est pour ça que tu te lèves le matin ». Les animaux sont paisibles, à leur rythme avec de l’espace. C’est un rythme très différent de l’activité humaine – même de l’équitation – et c’est le moment où tu peux vraiment les observer, mieux comprendre leurs interactions et leur comportement naturel.

🐴 La pension ?

Nous pouvons accueillir encore 4 chevaux actuellement. Les chevaux sont organisés en deux ou trois troupeaux de 2 à 5 individus maximum, et ils passent de parcelles en parcelles pour consommer l’herbe progressivement.

Nous avons fait le choix d’une pension 100 % pré pour le bien être du cheval. Le cheval est fait pour marcher, vivre en groupe et manger en petites quantités tout au long de la journée. Le pré, géré intelligemment, permet ça. Le pâturage tournant dynamique nous aide à préserver les prairies, éviter de les abîmer et offrir aux chevaux une herbe de meilleure qualité.

Lors de l’intégration d’un nouveau cheval, on commence toujours par une phase d’observation : petit paddock d’à côté pour que les chevaux puissent se voir sans se toucher. Ensuite, on intègre d’abord avec 1 ou 2 chevaux calmes, avant de rejoindre le troupeau complet. On prend le temps qu’il faut, en fonction du caractère du cheval, de son état de santé et de ses habitudes de vie.

On propose aussi du travail sur les chevaux (rééducation, débourrage, etc.). L’idée, c’est de rendre le cheval utile, confiant et bien dans sa tête, pas de le transformer en cheval de show. On mélange : travail à pied, horse park, extérieur, et, si c’est possible, contact progressif avec le bétail. On cherche avant tout un cheval qui réfléchit, qui apprend à se régler sur son cavalier, et qui garde de la curiosité.

Nous accueillons un peu de tout, mais on voit souvent des jeunes chevaux de loisir à mettre sur de bons rails, des chevaux de randonnée à muscler, canaliser ou sécuriser, et quelques chevaux plus « sensibles » à remettre en confiance, à pied puis montés.

Je me souviens par exemple d’un Quarter venu au ranch pour gérer sa peur des vaches. Quand je dis peur, c’est que même à pied, dans un chemin, il pouvait paniquer à cause des vaches et devenir très dangereux en oubliant complétement l’humain. Toute sa puissance était employée à s’enfuir. Un de ses cavaliers pouvait sauter de selle en balade pour éviter l’accident. Au bout d’un mois, il me servait pour faire du boxing en solo sur mes bovins. Vu qu’il était athlétique avec de bonnes manœuvres, c’était un vrai plaisir.

🪵 Le horsepark ?

Le horse park, c’est notre “terrain de jeu utile”. On y retrouve des obstacles inspirés du mountain trail, mais pensés pour le ranch. Il évolue régulièrement : on ajoute, on déplace, on adapte selon les chevaux et les objectifs des stages. Rien n’est figé, comme sur un vrai ranch. Ma carrière est également rarement « classique », j’aime aussi y mettre des objets ou des obstacles : je cherche à avoir des stimulis physiques pour le cheval et travailler fonctionnel.

On trouve sur notre horse park par exemple :
 – des ponts pour travailler la confiance et la gestion des pieds,
 – des troncs et barres pour la coordination,
 – des portes pour préparer le travail de ranch et les manipulations,
 – des fossés ou changements de sol pour l’équilibre et le mental.

L’idée n’est pas de « faire un obstacle pour faire une photo », mais de développer un cheval sûr de lui, attentif et maniable.

L’objectif est d’adapter le travail à chaque cheval, et je dirais même à chaque couple. Tous les obstacles sont intéressants par les problématiques qu’ils apportent.

Pour les débutants ou les chevaux jeunes ou sensibles, on commence au pas, à pied, avec des versions très faciles des exercices. L’objectif, c’est de réussir des petites choses, pour mettre tout le monde en confiance. On évite le côté “défi” ou “exploit” et on reste dans l’idée de découvrir, comprendre et communiquer avec son cheval.

Avec les jeunes chevaux, le horse park est un formidable outil de curiosité et de développement de la proprioception. On y travaille : l’acceptation de nouveaux environnements, le fait de suivre une indication sans se précipiter, la confiance dans l’humain qui guide. Avant même de monter dessus, le cheval a déjà rencontré beaucoup de situations variées, ce qui facilite énormément la suite.

Avec des cavaliers plus avancés, on alterne en fonction des besoins : parfois revenir à pied débloque beaucoup de choses.

Le horse park donne un sens immédiat aux exercices. On ne demande pas simplement de tourner ou de ralentir, on demande de franchir un pont, d’ouvrir une porte, de passer entre deux troncs. Le cheval comprend mieux pourquoi on lui demande de se ployer, de reculer, de s’arrêter net. Le cavalier, lui, voit directement le lien avec la sécurité en extérieur ou le travail de ranch.

La première réaction, c’est souvent : « Ouh là, ça va être dur pour mon cheval, il va réagir ». Et très souvent, une heure plus tard, ils passent un pont ou une porte en respirant mieux, en laissant un peu plus de place à leur cheval. Ça donne beaucoup de sourires et de fierté, sans pour autant chercher la performance.

🐮 Le bétail ?

Les bovins font partie intégrante du ranch. On les utilise pour du travail de ranch réel (déplacements, changements de parcelles…), pour éduquer les chevaux au bétail et pour les journées cowboy/stages. On adapte le nombre de vaches, la taille de la zone, la difficulté, en fonction du niveau des cavaliers et des chevaux.

On ne jette jamais un cheval qui n’est pas familiarisé avec le bétail « dans le tas ». On commence par l’exposition à distance, puis le travail à côté du troupeau, en groupe, avec des exercices simples. On veille à ce que le cheval garde de la marge mentale : s’arrêter, respirer, repartir. L’objectif, c’est un cheval qui regarde, analyse, mais ne panique pas.

Contrairement au cliché répandu que « western = bourrin », un bon cheval de ranch et un bon cowboy sont en réalité souvent très fins dans leurs demandes. Ils n’ont pas le droit de casser leur cheval ou leurs vaches : ils en ont besoin le lendemain. Ça change beaucoup la façon de monter.

Nous effectuons aussi régulièrement des stages chez d’autres ranch. Ces échanges sont précieux. Ils permettent de confronter notre travail à celui d’autres professionnels, de voir d’autres organisations, d’autres façons de présenter le bétail aux cavaliers. Ça fait progresser les chevaux, les cavaliers… Et il ne faut jamais cesser d’apprendre.

🤠 La journée cowboy ?

Nous organisons des « journées cowboys », qui sont des immersions au cœur de l’équitation de ranch. Il est possible de venir avec son propre cheval, ou d’utiliser un cheval du ranch.

On commence par parler équitation et manœuvres de base, quelle que soit l’origine du cheval ou l’équitation pratiquée.

Puis après un peu de théorie autour de la gestion du bétail, du fonctionnement du troupeau et des règles de sécurité, c’est le moment de rencontrer le bétail.

Ensuite, on travaille des exercices à cheval : déplacement calme du troupeau, immobilisation, isolation, tri simple. On fait aussi découvrir le lasso à pied et à cheval sur cible.

Ils peuvent notamment découvrir :
 – le déplacement du bétail en low stress,
 – des notions de tri en allée ou en petit parc,
 – du lasso à pied ou à cheval sur cible selon le niveau.

L’idée est de travailler dans un esprit ranch : on ne court pas inutilement après les vaches, on gère en low stress en apprenant le positionnement par rapport à la vache et la gestion de la pression / relâché.

Pour un couple qui découvre le travail de ranch, il y a souvent deux aspects. Le premier, c’est la différence pour le cheval : il a un objectif concret, cela modifie souvent son comportement et il devient progressivement un partenaire. Le deuxième, c’est que les gens réalisent que tout n’est pas une question de force ou de vitesse, mais de placement, de timing et de calme, et que le dressage du cheval prend un sens concret, fonctionnel.

L’idée, c’est que les participants repartent avec l’impression d’avoir vraiment « travaillé » et pas seulement regardé, tout en découvrant l’équitation de ranch.

👥 Votre public ?

On voit des cavaliers de loisir curieux du western, des propriétaires de chevaux qui veulent découvrir le bétail, des randonneurs, et parfois des touristes qui n’ont jamais mis les pieds dans un ranch. Le point commun, c’est l’envie de découvrir quelque chose de différent, de concret.

Les personnes qui ne connaissent pas le western et le travail de ranch représentent la plus grosse partie de mon public. On repart des bases : comment se positionner, comment bouger une vache, ce qu’elle voit, ce qu’elle ressent. On explique beaucoup, mais avec des mots simples, on montre et surtout on fait faire.

Souvent, ils nous disent qu’ils n’avaient jamais imaginé vivre un « air de Far West » en plein Pays d’Auge. Ils repartent avec une vision plus vivante de la campagne : ce n’est pas seulement une carte postale, c’est un lieu de travail, d’animaux, de saisonnalité… et en même temps, un espace de liberté.

✨ L’authenticité ?

On ne joue pas à copier un ranch du XIXᵉ siècle. Par contre, on essaie de rester fidèles à certaines choses essentielles : un cheval utile, un travail de bétail raisonné, une vie au rythme des saisons, une ambiance simple, sans paillettes. Le reste, on l’adapte à notre réalité française.

Les films montrent souvent fidèlement les grands espaces, le lien cheval/cavalier, la dureté du travail. Ce qu’ils trahissent, c’est le quotidien : dans un film, tout est dramatisé. Et c’est normal, un film au contraire d’un documentaire est une narration dramatique pour générer des émotions autour d’une histoire, le contexte sert l’histoire. Dans la vraie vie, il y a surtout beaucoup de préparation, de gestion, de patience, et beaucoup moins de duels au coucher du soleil.

Dans notre ranch, on garde l’authenticité sur le fond : travail fonctionnel, vrai bétail, chevaux de ranch. Et on intègre la modernité sur la forme : sécurité renforcée, matériel adapté, progressivité pour les cavaliers, respect des règles. C’est un équilibre, mais c’est aussi ce qui permet au plus grand nombre de découvrir ce monde en confiance.

💡 Tes sources d’inspiration ?

Je me suis inspiré des voyages aux États-Unis, des stages, beaucoup de lectures autour du horsemanship et du stockmanship. Sur le travail du bétail, je m’inspire beaucoup de personnes comme Bud Williams, Steve Cote et Curt Pate, de la mouvance low-stress stockmanship.

Mais mes plus grands “professeurs” restent les chevaux et le bétail que je manipule au quotidien, ainsi que mon goût pour toujours apprendre sur ce qui se fait autour de moi, que ce soit en équitation western, en ranching mais aussi en mountain trail.

💬 Le mot de la fin ?

On n’a pas besoin d’être « cowboy professionnel » pour venir.

Si vous aimez les chevaux, la nature, l’idée de comprendre comment fonctionne un troupeau, et que vous avez envie d’une équitation utile, respectueuse et concrète, l’équitation de ranch est faite pour vous.

✨ Un immense merci à Nicolas pour cette interview riche et transparente, et pour avoir partagé sa vision du cheval, du bétail et de la transmission avec autant de simplicité, de passion et d’authenticité ! ✨

Pour le contacter :

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Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

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