🎯 Les missions du RESPE ?
Le RESPE (Réseau d’Epidémio-Surveillance en Pathologie Equine) est une association (loi 1901) qui réunit dans sa gouvernance des vétérinaires et des socioprofessionnels de la filière équine. Cette composition est presque unique au sein d’une filière animale, et permet des prises de décisions collégiales et transversales sur l’ensemble de la filière équine.
Créé il y a 25 ans, la mission principale du RESPE est de surveiller les maladies de l’équidé circulant sur le territoire français, tout en maintenant une veille sur l’Europe et le reste du Monde. En effet, les chevaux voyagent beaucoup, en France comme à l’international, et les maladies n’ont pas de frontière. Le rôle du RESPE est donc de détecter, centraliser et redistribuer l’information sanitaire à l’ensemble des acteurs de la filière.
Le RESPE s’est également enrichi d’autres missions depuis sa création :
– Alerter les autorités compétentes en cas de problème sanitaire sur le terrain
– Déclencher une cellule de crise si nécessaire
– Informer et sensibiliser sur les maladies équines, la prévention et la biosécurité
– Accompagner les vétérinaires et les structures dans des situations sanitaires compliquées
– Répondre aux questions du terrain et former à la biosécurité
– Améliorer globalement la gestion sanitaire sur le territoire.
🏛️ Les relations avec l’Etat ?
Dans les filières bovines, l’État surveille depuis longtemps de nombreuses maladies. Cette vigilance s’appuie sur une réglementation sanitaire très structurée, notamment parce que certaines de ces maladies touchent aussi les humaines, et aussi parce que les bovins sont destinés à la consommation humaine.
Chez le cheval, seules quelques maladies sont suivies par l’État — notamment lorsqu’elles sont zoonotiques (touchent aussi l’humain) ou encore absentes du territoire. Les autres maladies n’étaient suivies par personne : c’est pour combler ce vide qu’a été créé le RESPE, avec la participation directe des professionnels qui sont les premiers concernés.
Toutes les maladies d’intérêt pour la filière équine sont surveillées par le RESPE : par exemple la grippe équine ou la rhinopneumonie, tandis que d’autres comme la fièvre de West Nile ou l’anémie infectieuse restent suivies par l’État. Selon les cas, le RESPE assure donc la surveillance directement, ou en collaboration avec le ministère de l’Agriculture.
🌐 Le réseau ?
Nous travaillons avec un réseau de « vétérinaires sentinelles » présents sur l’ensemble du territoire français, y compris en outre-mer. Plus de 1000 vétérinaires contribuent à la surveillance sanitaire en effectuant des déclarations en ligne pour faire remonter les informations de terrain sur les équidés malades.
Depuis deux ans, un réseau de laboratoires d’analyses en biologie équine participe également à la surveillance. Ils transmettent les données issues des prélèvements et des cas positifs. Même si ces informations sont complétement anonymisées, cela qui permet de confirmer plus rapidement l’apparition d’une maladie et d’enrichir la base d’informations.
Lorsqu’un cas est confirmé, nous assurons la diffusion de l’information à la filière via nos outils : cartographie, mailings, alertes, etc.
🦠 Les maladies surveillées ?
Le milieu de l’équitation touche des réalités très différentes : d’un côté les pur-sangs soumis à une réglementation internationale extrêmement stricte, de l’autre les chevaux de propriétaires particuliers qui ne sont suivis par un vétérinaire qu’en cas de problème. Or, pour une maladie, qu’il s’agisse d’un poney de club ou d’un cheval de course ne change rien. Le RESPE veille donc à couvrir l’ensemble de la filière de manière transversale.
De nombreuses maladies sont listée, regroupées par les signes cliniques qu’elles provoquent (syndromes) et suivies par le RESPE. On peut citer notamment :
– Le syndrome respiratoire (ex : grippe, rhinopneumonie, gourme, rhinovirose)
– Les maladies infectieuses responsables d’avortements
– Le syndrome nerveux (d’origine infectieuse, parasitaire ou toxique)
– Les anomalies génétiques
– Les maladies du pâturage (notamment la myopathie atypique)
– Les maladies du poulain (diarrhées infectieuse, rhodococcose)
– Les maladies et événements sanitaires en lien avec la reproduction (notamment herpèsvirose équin de type 3)
– Les intoxications végétales (depuis le printemps 2025)
– Etc.
Des informations complètes sur ces différentes maladies sont disponibles sur le site internet du RESPE.
🌿 Les plantes toxiques ?
Début 2025, une nouvelle surveillance dédiée aux plantes toxiques a été mise en place. Ce phénomène prend de l’ampleur depuis quelques années avec les changements climatiques, et le cheval fait partie des espèces les plus sensibles aux intoxications végétales.
Un outil grand public a donc été développé pour aider les propriétaires, cavaliers et structures équestres à reconnaître les plantes dangereuses lors des balades, au pré ou dans le foin. Les vétérinaires disposent quant à eux d’un espace spécifique qui regroupe l’ensemble des syndromes suivis, afin qu’ils puissent y déclarer les cas de maladies qu’ils rencontrent, de depuis 2025, ceux liés à l’ingestion de plantes toxiques.
Cette surveillance passe par l’application ToxiPl@nt : on prend en photo une plante, l’image est analysée via la technologie de reconnaissance Pl@ntNet, et l’application ToxiPl@nt nous indique ensuite la probabilité que la plante soit toxique ou non pour les chevaux, et selon le cas, nous oriente vers des informations complémentaires.
🪰 Les maladies à vecteur ?
Parmi les développements en cours et à venir, une grande partie des travaux porte sur les maladies transmises par des vecteurs. Il s’agit de maladies qui ne se propagent pas directement d’un cheval à l’autre, mais par l’intermédiaire d’organismes tels que les moustiques ou les tiques. Avec les changements climatiques, certaines populations d’insectes piqueurs (moustiques, mouches hématophages, etc.) progressent vers le nord — comme on l’observe aussi chez l’humain avec le moustique tigre — et plusieurs catégories de tiques, auparavant limitées au sud de l’Europe, colonisent désormais de nouveaux territoires.
Les tiques posent un défi encore plus complexe que les moustiques, car il existe aujourd’hui très peu de moyens réellement efficaces pour les éliminer. Il est donc essentiel de mieux comprendre leur biologie, leurs cycles de vie et les pathogènes qu’elles sont susceptibles de transporter afin d’améliorer les stratégies de lutte, tout en apprenant à cohabiter avec leur présence.
Cette problématique n’est d’ailleurs pas propre à la filière équine : elle touche également les autres espèces animales et la médecine humaine.
🔔 Comment rester informé ?
Le premier outil indispensable pour être informé de ce qui se passe autour de chez soi repose sur un système d’alertes en temps réel. Dès qu’un cas de maladie est confirmé, une alerte est générée et diffusée immédiatement. Il est possible de s’abonner à ces alertes directement sur le site (formulaire en bas de chaque page), ou via le site de l’IFCE, en renseignant simplement une adresse mail, le département, et le périmètre d’intérêt : alertes internationales, nationales ou uniquement locales. L’inscription ne prend même pas une minute.
Le deuxième outil particulièrement utile pour les particuliers est VIGIRESPE : une carte des risques mise à jour en temps réel. Elle permet de savoir ce qu’il se passe sur le territoire lorsqu’on se déplace dans un autre département, qu’on change de pension, qu’on part en concours ou en vacances avec ses chevaux. Elle sert à repérer les risques autour de chez soi, mais aussi sur les zones où l’on prévoit de se rendre, afin d’adapter les précautions si nécessaire.
Le site du RESPE propose également des articles mis à jour régulièrement en fonction de l’actualité sanitaire, et nous sommes présents sur tous les réseaux sociaux pour relayer des informations plusieurs fois par semaine.
Une série de webinaires est également organisée chaque mois, notamment avec l’IFCE et Miliepattes, pour traiter de façon vulgarisée une problématique ou une maladie précise. L’objectif est de transmettre des informations accessibles à tous, quel que soit le niveau scientifique, afin de toucher le maximum d’acteurs de la filière.
En cas de gestion de crise, des communiqués de presse sont publiés pour informer l’ensemble de la filière des maladies en circulation, des mesures recommandées et des précautions éventuelles à prendre. Le RESPE peut formuler des recommandations — par exemple, limiter les déplacements — mais seules les autorités de l’État (services vétérinaires et Préfecture) peuvent décider d’interdictions officielles, ce qui reste extrêmement rare puisque très peu de maladies équines sont suivies directement par l’État.
🛡️ Les protocoles sanitaires ?
Nous travaillons de plus en plus avec des organisateurs de concours et de manifestations qui nous sollicitent pour les accompagner dans la mise en place de protocoles sanitaires. Par exemple, nous avons collaboré avec le Salon du Cheval de Paris. Equita Lyon fonctionne en partenariat avec l’École vétérinaire de Lyon, mais d’autres événements ou concours d’élevage nous demandent de plus en plus régulièrement des conseils ou une relecture de leurs protocoles. Les organisateurs se réfèrent désormais très régulièrement aux cartes de risques lors de la préparation des grands concours.
Notre objectif est d’établir un niveau de base transversal pour tous les rassemblements, afin d’éviter une situation où beaucoup de mesures seraient exigées pour maintenir les courses ou les concours nationaux ou internationaux par exemple, et presque rien pour un concours régional. Historiquement, nous travaillons avec France Galop et Le Trot, et de plus en plus avec la FEI et la FFE, afin d’encourager l’adoption de mesures minimales communes quel que soit l’événement.
L’idée est de définir un socle simple, atteignable par tous, avec des mesures élémentaires de biosécurité — par exemple : éviter les abreuvoirs collectifs en concours, ne pas partager le matériel entre chevaux de structures différentes, ne pas utiliser le même seau, ou passer derrière un cheval dans une douche sans rinçage, ne pas laisser les chiens circuler librement et renifler d’un cheval à l’autre, etc. Autant de pratiques qui peuvent favoriser la contamination si un cheval malade (excréteur) circule sur le site.
Beaucoup de crises sanitaires ont eu pour origine ce type de contamination indirecte. Il s’agit d’adapter, de faire preuve de bon sens, mais ces réflexes ne sont pas encore naturels pour l’ensemble de la filière équine, qui reste avant tout une filière sportive et non une filière de production, où la biosécurité est obligatoire et réglementée. L’objectif est donc de diffuser ces bonnes pratiques et de faire en sorte que ces mesures de base soient intégrées par l’ensemble des acteurs, notamment les organisateurs de concours, afin de réduire les risques sanitaires.
🐮 La DNC ?
La DNC (Dermatose Nodulaire Contagieuse) est un exemple de maladie qui n’affecte pas directement les chevaux, mais qui a un impact important sur la filière équine parce qu’elle perturbe les activités du secteur du cheval — le RESPE surveille donc toutes les maladies qui touchent l’équidé, mais aussi celles qui peuvent entraîner des répercussions indirectes sur la filière, même si elles concernent d’autres espèces — ce qui reste rare.
La DNC touche essentiellement les bovins et n’avait jamais été détectée en France jusqu’à cette année. L’objectif de la filière bovine est aujourd’hui de l’éradiquer au plus vite. Les conséquences économiques ont été très lourdes : plusieurs élevages ont dû être entièrement abattus, notamment en zones de montagne où il s’agissait de troupeaux de haute qualité destinés à la fabrication de fromage. L’interdiction temporaire d’exportation des bovins pendant deux semaines a également mis l’ensemble de la filière à l’arrêt, avec des pertes certaines ; d’où l’interdiction nécessaire pour éviter que la situation dégénère et que les pertes deviennent considérables.
Il s’agit d’une maladie vectorielle, transmise par des mouches hématophages qui piquent un bovin malade puis un bovin sain. La propagation a été rapide et multiple. Les mouches volent beaucoup moins loin que les moustiques, mais elles peuvent se déplacer via les camions, véhicules et transports d’animaux, permettant à la maladie d’atteindre d’autres exploitations, concours ou manifestations.
Dans des contextes où chevaux et bovins sont présents simultanément, les mouches circulent librement d’un animal à l’autre. Ainsi, même si les chevaux ne sont pas sensibles à la maladie, ils peuvent participer à la diffusion du vecteur et donc amplifier la propagation.
Lorsque les premiers foyers sont apparus, les autorités ont d’abord recommandé des mesures de prudence concernant le transport et les rassemblements d’autres espèces, dont les chevaux. Mais face à l’extension rapide de la DNC cet automne, des mesures plus strictes ont été prises, notamment l’interdiction de rassemblements bovins (par exemple à Equita Lyon). Les restrictions sont désormais levées progressivement, département par département, en fonction de l’évolution de la maladie.
L’impact pour les chevaux réside donc dans les limitations de déplacement et d’événements, afin d’éviter que les mouches infectées soient transportées par inadvertance dans des lieux où se trouvent des bovins. Les cavaliers et organisateurs ont parfois été pris dans un dilemme : maintenir ou annuler des événements mixtes génère des enjeux économiques. Mais souvent, des mesures fortes et temporaires empêchent des conséquences plus graves et durables.
Le RESPE reste optimiste quant à l’évolution de la situation. Un vaccin existe, efficace, et la stratégie actuelle repose sur une vaccination en anneau autour des foyers, qui s’étend progressivement, avec pour objectif de freiner puis éliminer la maladie. D’autres pays européens touchés par la DNC ont déjà réussi à l’éradiquer grâce à la vaccination, ce qui renforce l’espoir d’un retour rapide à la normale.
💡 Des conseils ?
S’inscrire aux alertes et consulter la carte des risques représentent vraiment le minimum pour rester informé. Chacun peut ensuite approfondir s’il le souhaite, soit sur notre site, soit sur celui de l’IFCE.
L’expérience du COVID chez l’humain devrait nous aider à réfléchir à la gestion sanitaire des chevaux. Beaucoup de pratiques ont été adoptées à l’époque — certaines ont disparu avec le temps malheureusement — mais le parallèle est évident : certaines choses que nous ne ferions jamais avec des humains, nous les faisons encore avec les chevaux. Un cheval qui tousse ou qui a le nez qui coule projette des sécrétions partout lorsqu’il bouge la tête, boit ou mange. Chez les humains, mettre un masque sert à se protéger et à protéger les autres ; chez les chevaux, la contamination se fait de la même manière. Le réflexe essentiel est d’isoler immédiatement un cheval malade pour éviter la diffusion aux autres. Ça paraît évident, mais ce n’est pas toujours spontané pour la filière équine : les propriétaires et les gérants d’écuries ne sont souvent pas formés au sanitaire et n’ont pas toujours ces réflexes.
Se demander : « Et si c’était nous, qu’est-ce qu’on ferait ? » est un bon point de départ. Il y a des pratiques normales pour les humains que l’on oublie pour les chevaux : nettoyer les abreuvoirs et mangeoires régulièrement comme on fait la vaisselle chez nous, laver les couvertures régulièrement (très efficace notamment contre la teigne). Il s’agit surtout de prise de conscience des risques, en plus des gestes essentiels comme la vaccination — obligatoire ou fortement recommandée selon les cas.
Si un cheval tousse légèrement par exemple, la première chose à faire est de prendre sa température. Si la température est normale, on peut observer quelques jours : cela peut être un petit rhume ou une simple irritation des voies respiratoires, surtout si le cheval boit, mange bien et reste en forme.
En revanche, si les signes s’aggravent ou s’il y a de la fièvre, on isole immédiatement le cheval et on peut contacter un vétérinaire, au moins pour obtenir un conseil. Le plus souvent, le vétérinaire recommandera une surveillance et une prise régulière de température. Si les symptômes s’aggravent, le vétérinaire peut venir effectuer des prélèvements puis faire une déclaration au RESPE. Dans ce cadre, le RESPE prend en charge 50 % du coût de l’analyse, ce qui permet d’identifier précisément la maladie (rhino, grippe, gourme, …) pour environ 23 € pour une suspicion de gourme par exemple au lieu de 46 €. Et lorsqu’il y a plusieurs chevaux sur la structure, connaître le diagnostic exact permet de savoir où l’on en est et d’adopter les mesures adaptées si nécessaire.
La Carte des risques VIGIRESPE permet également aux particuliers de signaler des chevaux présentant des symptômes, en indiquant le type de syndrome, le nombre d’équidés concernés et la localisation. Ces déclarations complètent les données issues du terrain et des laboratoires, et contribuent à alimenter la base de données du RESPE.
📈 L’évolution ?
On observe aujourd’hui une diminution de certaines maladies, celles liées à la reproduction par exemple. En parallèle, le nombre d’épisodes nécessitant le déclenchement d’une cellule de crise a augmenté, principalement en raison de l’essor des grands rassemblements : concours, événements internationaux, manifestations diverses… Ces rassemblements réunissent des chevaux venant d’origines, de lieux et de statuts sanitaires très différents, ce qui augmente mécaniquement les risques. Il y a néanmoins une prise de conscience globale, y compris dans les autres pays : on surveille davantage.
Un point très positif est l’évolution des comportements. Malgré de grands épisodes sanitaires encore ponctuels, de plus en plus de structures adoptent les bonnes pratiques. Par exemple, lorsqu’un centre équestre détecte de la gourme, en général il le signale ouvertement, ferme temporairement et met en place les mesures nécessaires. Les attitudes progressent nettement, et la compréhension des mécanismes de contamination s’améliore.
La vaccination avance aussi dans le bon sens. Pendant longtemps, seule la grippe était obligatoire pour la participation aux rassemblements. Désormais, la vaccination contre la rhinopneumonie devient progressivement obligatoire, ce qui devrait contribuer à réduire la fréquence et l’ampleur des épisodes sanitaires.
Parallèlement, d’autres problématiques émergent — arrivée de nouveaux types de moustiques ou tiques et des maladies qu’ils véhiculent, plantes toxiques suite au changement climatique, sécheresse — qui touchent de plus en plus la filière équine. Comme d’autres secteurs, le monde du cheval est impacté et devra continuer à s’adapter pour faire face aux nouveaux risques sanitaires et environnementaux.
✨ Un immense merci au Docteur Christel Marcillaud Pitel pour cet échange riche, clair et passionnant, qui contribuera sans aucun doute à mieux informer la filière et tous les propriétaires d’équidés. ✨
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