RENCONTRE avec… Elodie Mangeot Reeb, juge renommée de Showmanship ! 2/2

Dans ce second épisode, Élodie Mangeot-Reeb nous plonge au cœur du rôle de juge en Showmanship. Formation, responsabilités, critères de notation, erreurs fréquentes et éthique du jugement : un éclairage rare et précieux sur une fonction clé de la discipline.

⭐ Précision ⭐ Equilibre ⭐ Elégance ⭐

👉 Dans ce deuxième volet, Elodie nous parle du rôle de rôle du juge : formation, responsabilités, motivations, notation, principales erreurs observées… un regard rare et instructif depuis l’intérieur.

🔥 Ta motivation à devenir juge ?

Ce qui m’a motivé à devenir juge est avant tout l’envie d’en savoir plus, de comprendre, d’avoir une meilleure connaissance et une meilleure interprétation du règlement. Comprendre comment une manœuvre est évaluée en fonction des disciplines, comprendre les points d’observation et d’attention des juges et ainsi avoir un fil conducteur à suivre dans le travail de mes chevaux en vue des compétitions.

Au départ, je souhaitais donc simplement participer à cette formation pour m’informer. Et cela m’a tout de suite passionné ! Finalement, c’est une amie qui a su me convaincre de passer le test et j’ai ainsi obtenu ma première certification.

🎓 La formation

J’ai participé à une première formation en 2010 avec Michèle Pfender. J’ai passé et obtenu le test à l’issu de cette formation. Pour résumer brièvement, cette formation porte sur une approche détaillée du règlement (pénalités, équipements, standards et attendus selon les disciplines, …). Mais aussi sur l’apprentissage des fondamentaux du jugement, des routines efficaces, des codes éthiques et moraux à suivre lorsqu’on devient juge.

Le test écrit se compose de questions sur le règlement FFE général et spécifique western. Il y aussi un test de jugement sur vidéo, puis un jugement blanc en situation réelle à réaliser auprès d’un juge National Elite. Par la suite, j’ai suivi les formations continues obligatoires tous les deux ans.

En 2025, j’ai obtenu ma carte AQHA. Pour obtenir cette certification internationale, il faut constituer un dossier et avoir 3 lettres de recommandation. Ces documents sont soumis à l’approbation du Comité des Juges AQHA aux Etats-Unis. Cette première étape franchie, on passe un test qui se déroule en deux parties. La première porte sur le règlement et la seconde sur des jugements vidéo. Si le test est validé avec succès par le Comité des Juges et le Comité exécutif de l’AQHA, on obtient sa certification.

Je dois néanmoins préciser que pour devenir juge, cela nécessite avant tout beaucoup de travail personnel. Il faut aller sur les shows dès qu’on en a l’opportunité. S’imprégner de ces ambiances. J’ai personnellement beaucoup travaillé en tant que secrétaire de jury / Ring Steward au cours de toutes ces années, que ce soit en show de races (AQHA/APHA) ou en NRHA. Adolescente déjà, je distribuais les flots sur les compétitions AQHA.

Ces deux dernières années je me suis aussi formée grâce aux webinaires proposés par l’AQHA et l’APHA. Je suis allée aux séminaires annuels proposés par les associations de races en Europe. En 2024, j’ai également participé au séminaire de formation NRHA organisé par Mariannick Domont-Perret. C’est donc un réel investissement personnel qui nécessite de la motivation, parfois un peu de sacrifice sur son temps familial, une réelle envie de progresser et surtout beaucoup de passion.

⚖️ Le rôle de juge

Les compétences nécessaires pour juger en showmanship sont sensiblement les mêmes que pour les autres disciplines. Il faut avoir une bonne connaissance du règlement et du standard attendu dans la discipline. Il faut bien connaître le parcours qu’on va juger.

En showmanship, la difficulté réside dans le fait qu’il faut garder une vision globale du couple. Il faut évaluer à la fois la performance du cheval, mais aussi celle du concurrent, en gardant un œil attentif sur de nombreux détails : la position du cavalier, ses actions sur la chaine ou la longe, la façon dont il utilise son corps et son regard pour communiquer avec son cheval. Il faut observer la façon dont le cheval réagit : la façon dont il répond aux indications du concurrent, son expression, son impulsion, la rectitude dans ses déplacements, la qualité de ses transitions etc… Veiller à ce que le couple n’entre pas dans la zone des pénalités, vérifiez que l’équipement utilisé soit légal. En bref, il faut observer une multitude d’éléments en quelques instants et prendre des décisions rapidement.

Un “bon ” juge est une personne consciencieuse, bienveillante et humble. Quelle que soit l’importance du concours et quelle que soit l’association qui sanctionne le show (FFE, AQHA, APHA, NSBA, IRHA …), il se doit d’être prêt à honorer sa mission et s’engager avec la même ferveur, et accorder à chaque concurrent la même attention que ce dernier soit débutant ou professionnel, qu’il se présente avec un poney ou un cheval américain d’exception.

Chaque cavalier qui entre sur la piste s’est préparé pour l’événement, a des attentes qui lui sont propres et tend à faire de son mieux. Pour chaque concurrent, le juge représente la personne à convaincre, à séduire et à épater. Le juge se doit donc d’être prêt pour chacun d’entre eux. Un bon juge est capable de se remettre en question et continue à se former tout au long de sa carrière.

Pour finir, c’est une personne qui veille à faire évoluer l’industrie dans le bon sens, notamment à faire respecter une éthique responsable dans le cadre du bien-être animal.

🔄 L’adaptation avec les événements et les couples jugés ?

Je ne fais pas de différence entre juger en France et juger à l’international. Je juge chaque concours, chaque épreuve selon le règlement et le standard en vigueur. Je me réfère au même standard que ce soit pour une épreuve de showmanship FFE ou AQHA.

Il me parait bien plus juste et cohérent de proposer des parcours adaptés aux différents niveaux, plutôt que d’adapter ma notation. Les règlements ont déjà prévu des adaptations pour les niveaux novices que ce soit en FFE ou en race. La mise en place de parcours adaptés et progressifs pour mettre les concurrents en confiance et en situation de réussite me paraît très important. Mais pour moi, l’évaluation de la performance ne devrait pas varier en fonction de l’événement jugé.

De même, personnellement, je ne connais pas vraiment la pression de juger des handlers que je connais. Grâce à mon métier d’enseignante en collège et en lycée, j’ai toujours été habituée à évaluer le travail d’un élève en faisant abstraction de son nom, de l’attitude qu’il peut avoir eu en classe, du fait que ce soit le fils/la fille d’un collègue ou d’un ami. Me focaliser sur la production de l’élève à un instant t est une pratique pour laquelle j’ai été formée et qui ne me pose pas de problème. Lorsqu’un couple entre sur la piste, c’est toujours pour moi comme si je le voyais pour la première fois, c’est une page blanche.

🔢 La notation ?

Lorsqu’un couple entre en piste, la première chose que j’évalue est sa prestance. On voit tout de suite si le concurrent fait preuve d’assurance, s’il a une attitude positive et si le couple cheval / handler parle la même langue.

Puis j’observe le positionnement du concurrent par rapport à son cheval, j’observe si le licol, la chaîne, sont bien ajustés et règlementaires.

Ensuite, j’observe le cheval, je regarde son état physique général, si son poil est brillant, si le concurrent a veillé à le toiletter avec soin pour son épreuve. Voici mes trois axes d’observation lorsqu’un couple entre en piste.

Pour obtenir un maximum de points en showmanship, le concurrent doit avoir une présentation et une démarche assurée, confiante, faire preuve de précision et d’efficacité dans chacune de ses manœuvres, avoir une position stable, équilibrée, garder ses mains, ses épaules à la même hauteur dans chacun de ses déplacements. Et bien sûr faire preuve d’une communication franche, efficace et harmonieuse avec son cheval. Concurrent et cheval doivent avancer à l’unisson.

Le cheval doit exécuter les manœuvres avec précision, en restant droit et sans manifester de signes de résistance. Précision, cadence, finesse, connexion et rythme sont des composantes essentielles pour viser des +2 ou +3 par manœuvre.

Pour moi, la différence entre un bon passage et un passage exceptionnel réside dans l’expression du cheval. Lorsque les manœuvres s’enchainent avec fluidité, que le cheval a une réelle présence, un œil vif, qu’il répond avec rapidité et précision au signaux du handler, qu’il se déplace avec élégance, que tout semble facile et harmonieux et que j’ai le sentiment de ne pas juger simplement un beau parcours, mais que je l’admire, alors je suis sans hésitation, face à une prestation exceptionnelle.

Il ne faut jamais oublier que c’est avant tout le handler qui est évalué en showmanship selon sa capacité à bien présenter son cheval. Un handler efficace, qui fait preuve d’assurance, a une bonne position et une bonne attitude, va être déterminant dans le résultat. Mais le cheval n’est pas en reste et il contribue tout autant à la réussite du couple cheval / handler. C’est encore une fois une affaire de relation, de cohérence et d’harmonie dans le couple qui mènent à la réussite.

❌ Les fautes ?

Les fautes qui coûtent le plus cher, c’est-à-dire 10 points de pénalités, sont des erreurs qui mettent le concurrent en défaut sur sa position sécuritaire face au cheval. Lorsque le concurrent n’est pas dans la position règlementaire mais dans une position dangereuse, par exemple directement face au cheval, il sera lourdement pénalisé. Il est effectivement dangereux de se tenir face au cheval, car si celui-ci se cabre ou s’effraie et fait un bond en avant, on prend le risque d’être bousculé, blessé ou que le cheval nous échappe. C’est une position dans laquelle on n’a aucun contrôle efficace sur son cheval.

Cette pénalité s’applique également si le cavalier touche le cheval ou lui donne des indications avec son pied. Cela est permis en halter pour mettre son cheval au carré, mais pas en showmanship.

Une désobéissance sévère du cheval (mordre, tourner continuellement autour du concurrent, etc.), est aussi sanctionnée par 10 points de pénalité.

Voilà, quelques exemples de fautes qui coûtent cher.

Dans les erreurs fréquentes, je ne peux pas en citer une en particulier, mais ce que j’observe est plutôt une méconnaissance du règlement et des attentes du juge dans la discipline. Le positionnement des concurrents n’est pas toujours précis, il y a parfois de l’hésitation dans les gestes, ou au contraire une gestuelle trop artificielle, un peu maladroite et donc peu efficace.

🤯 Les difficultés ?

Je ne saurais pas citer une situation précise que j’ai mal vécue. Chaque concours est un nouveau challenge.

Jusqu’à présent, j’ai majoritairement jugé seule. Dans cette situation, toute la responsabilité repose sur mes épaules et c’est là toute la difficulté. Il faut savoir décider rapidement, rester juste, bienveillante et donner à chaque cavalier la même attention, du premier au dernier, peu importe le nombre d’heure qu’on passe sur la chaise. Il faut aussi veiller à ce que chaque cavalier bénéficie des meilleures conditions possibles pour s’exprimer sur la piste. C’est une mission à la fois passionnante et délicate.

Ce qui peut aussi être difficile pour moi, c’est de voir des cavaliers déçus de leur performance, de leur score ou qui se retrouvent en difficulté sur le parcours. Particulièrement quand ce sont des enfants. Ce n’est jamais un plaisir de donner des scores négatifs, d’appliquer de lourdes pénalités, mais la feuille de score doit refléter ce qui se passe sur le parcours, c’est ainsi.

Il n’est pas toujours facile de trouver les bons mots pour réconforter un cavalier déçu par sa note. J’invite chaque concurrent à consulter sa feuille de score avec attention. Il faut apprendre à être fier de soi quand on a évité ou limité les pénalités. Eviter la case des pénalités, ou a minima éviter des pénalités majeures, est déjà une réussite non négligeable. Ensuite, il faut s’interroger sur ce qui peut nous avoir éloigné du score 0, se demander ce qui n’était pas “correct ” dans sa manœuvre : son utilisation de l’espace ? son positionnement par rapport au cheval ?

Je lui dirais aussi qu’obtenir l’excellente note de +3 ne signifie pas que la manœuvre était parfaite. Il en va de même pour un -3, une note certes décevante, mais qui ne signifie pas pour autant que la manœuvre était nulle.

Pour finir, le concurrent doit garder à l’esprit le but premier de sa présence sur le concours qui le plus souvent est de passer une belle journée entre passionnée, de profiter d’un bon moment avec son cheval, son coach et ses amis.

💬 Un message à transmettre ?

Aux cavaliers, je souhaite dire qu’il ne faut pas hésiter à demander à son coach de faire des séances à pied de temps en temps, et qu’il n’est jamais trop tard pour s’initier au showmanship. C’est un exercice intéressant et formateur pour la relation à son cheval. Les mêmes codes peuvent être transposés une fois en selle, et lorsqu’on maîtrise cette précision dans sa posture et son équilibre corporel, cela permet de progresser à tous niveaux et d’être plus performant dans l’ensemble des disciplines.

Aux coachs, je dirais qu’il ne faut pas hésiter à proposer des séances à pied à ses élèves, et tout simplement de les habituer à adopter une posture sécuritaire et correcte dès qu’ils mènent leur cheval en main. La base du showmanship peut se travailler très simplement, en menant son cheval du pré au box ou du box au manège, par exemple. Un cavalier peut tout de suite apprendre qu’on ne laisse pas marcher un cheval derrière soi. Je les invite aussi à encourager leurs élèves à participer à des classes de showmanship en concours.

Aux parents, je dirais que le showmanship est une belle école de respect et de communication avec le cheval. C’est une approche différente qui peut avoir un réel intérêt éducatif pour les enfants. Je pense notamment à ceux qui ont des difficultés de concentration ou des difficultés dans leurs relations aux autres. Le showmanship peut constituer un levier intéressant, car il oblige à se tenir droit, à relever la tête, à être exigeant avec soi-même, à prendre son temps, à prendre soin du cheval… Bref, c’est une discipline enrichissante et passionnante qui vaut la peine de se lever tôt le matin !

🚀 Tes projets ?

Ayant récemment obtenu ma carte de juge AQHA, j’espère avoir l’opportunité de juger des shows plus régulièrement à l’international et la chance de juger de belles classes de showmanship, avec un taux de participation croissant.

Je souhaite également obtenir à l’avenir mes cartes APHA, NSBA et NRHA. Je resterai néanmoins fidèle aux concours FFE et j’espère voir le Showmanship évoluer positivement dans les prochaines années en France.

✨ Un immense merci à Élodie pour ses réponses très détaillées et complètes et le temps qu’elle a consacré à transmettre son expérience et sa passion à toute la communauté EWF. ✨

Pour la contacter :

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Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

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