RENCONTRE avec… Isabelle Arnon, photographe de chevaux !

Photographe équine passionnée de Nature et de grands espaces, Isabelle Arnon capture le cheval dans ce qu’il a de plus vrai : l’émotion, le lien, le travail, le quotidien — loin des clichés et du spectaculaire. Des reportages pour la presse équestre à son immersion au Wyoming, son regard mêle art, authenticité et respect du cheval. Son livre « A Ranch Year » témoigne d’un monde rare, intact, où cowboys, cowgirls et chevaux travaillent ensemble, dans la poussière, le vent et les saisons — un univers que peu ont l’occasion de voir.
🎤 Dans cet entretien, elle nous parle de son parcours, son expérience au cœur des ranchs américains et ce qu’elle cherche à transmettre à travers ses images.

⭐ Immensité ⭐ Intensité ⭐ Emotion ⭐

Je m’appelle Isabelle Arnon, et je suis photographe spécialisée dans les chevaux, passionnée de Nature et de grands espaces.

🌱 Tes débuts ?

J’ai commencé à monter à cheval à l’âge de sept ans. Je ne sais pas d’où c’est venu, (peut-être de mon Poitou natal et de ce voisin qui possédait une jument de trait appelée Coquette) mais cela ne m’a pas quittée. Le cheval m’émeut. C’est un merveilleux compagnon, attentif, soucieux, craintif, docile, réfléchi. Ce qui me passionne le plus dans l’univers du cheval, c’est le cheval lui-même et non une discipline ou une autre. J’ai toujours monté à cheval, sans pour autant l’avoir inclus dans mon parcours professionnel.

Puis en 2000, à l’âge de trente-quatre ans, je me suis inscrite aux Beaux-Arts pour quatre années de formation. Cette évolution dans mon parcours personnel m’a permis de réaliser mes aspirations premières, celles de l’art. J’y ai étudié la peinture, la sculpture et la photographie dont j’ai fait mon médium de prédilection.

C’est dans ce mode d’expression que j’ai trouvé un équilibre entre patience et réactivité, travail en extérieur et confinement d’une chambre noire, attente et révélation, surprise de ce que le hasard offre parfois en 1/1000ème de seconde. La photographie mêle composition, réactivité, émotion, captation, patience, vitesse et observation bien sûr. Comme le disait Cartier Bresson, la photo c’est : « Mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur ».

Lorsque je suis sortie des Beaux-Arts après quatre années d’études, j’ai intégré l’équipe de Cheval Magazine dont les bureaux se trouvaient dans mon village, à Montfort-L’Amaury. La photographie équine alliait alors mes 2 passions, les chevaux et la photo.

Les Beaux-Arts m’ont beaucoup apporté : rigueur, organisation de la pensée, cohérence, connaissance, réflexion. Mais c’est la presse et ses exigences qui m’ont appris à produire un travail le plus impeccable possible.

 

Au départ je ne travaillais qu’en argentique, d’une part sur des projets personnels pour lesquels je passais de longues heures dans ma chambre noire à faire mes tirages (je partais en voyage avec des dizaines de pellicules, du noir et blanc) et d’autre part en ekta (diapositives) pour la presse. Puis le numérique s’est développé et tout a changé. C’était plus facile de contrôler la lumière, de changer ses réglages, d’adapter la sensibilité sans avoir à changer de pellicule. Je crois qu’on évolue tout le temps. La façon d’aborder une photo peut aussi être différente, le cadrage, couleur ou pas, détourage ou non. Je replonge régulièrement dans ce que j’appelle « mon stock » et traite des images que je n’avais pas forcément sélectionnées au départ. L’art, c’est de la recherche.

📰 La presse équestre ?

J’ai effectué pour la presse équestre toutes sortes de reportages, tous passionnants, que ce soient sur les métiers qui gravitent autour du cheval (fort nombreux), les gens de spectacle, de cinéma, la garde républicaine, la Fantasia au Maroc, des champions de sports équestres, des élevages, des concours…

Cette expérience m’a apporté une habitude de travail et de la rigueur. Plus on fait de photos et plus la prise de vue devient instinctive. Moins on a besoin d’y réfléchir.

J’ai travaillé plus de 15 ans pour Cheval Magazine et j’en garde un très bon souvenir. Je n’ai plus de collaboration avec la presse actuellement car ce monde a beaucoup changé. Le statut de photographe aussi. Mais j’ai conservé de belles amitiés avec d’anciennes collègues de la presse.

🏜️ Le Wyoming ?

Depuis toujours, je lis des auteurs américains dont les livres racontent l’Ouest, les fameux grands espaces d’Amérique. Je me suis toujours sentie attirée par ces endroits, encore intacts, indomptés, trop sauvages pour être contrôlés par l’homme.

J’ai atterri au Wyoming par le hasard d’une rencontre. Mon seul contact sur place était un homme que j’avais rencontré en France et qui vivait au Wyoming. Je l’ai suivi, j’y ai vécu 4 ans.

Lors de ma première rencontre avec un ranch « authentique », je me suis sentie privilégiée et reconnaissante, avec la conviction d’avoir tant de chance d’être là. Ce fut vrai pour chacun des ranchs dans lesquels je me suis rendue (une petite dizaine en tout) au cours de ces quatre années passées sur place.

Les cowboys ne sont pas des gens bavards. Toutefois, une fois la porte ouverte, l’échange se fait, surtout avec les femmes. Et sur le terrain, quand on est photographe, on est plutôt discret et dissimulé derrière un boîtier photographique, l’idée étant de se faire oublier.

Ma plus grande surprise en découvrant la vie sur les ranchs a été l’égalité entre hommes et femmes. Seul compte le travail bien fait.

Et le moment le plus stressant eut lieu lors d’un rassemblement de troupeau. Les cowboys et cowgirls étaient partis depuis deux bonnes heures pour rassembler les vaches disséminées dans les collines afin de les ramener vers les enclos avant l’hiver, pour les conduire ensuite vers d’autres endroits. Je les attendais au bord d’une rivière. Il y avait dans la boue une empreinte d’ours toute fraîche. Il ne s’est rien passé mais je n’étais pas tranquille. Il y a beaucoup d’ours au Wyoming et des accidents arrivent malheureusement. Il faut aussi faire attention où l’on met ses pieds et faire du bruit en marchant pour éloigner les serpents à sonnettes.

Au final, cette aventure m’a appris à aller plus à l’essentiel. Rationaliser, moins s’encombrer du superflu. D’une certaine manière, cela m’a recentrée. Côtoyer ces gens fut une école de vie.

📸 La technique ?

J’étais équipée d’un Nikon D 810, 2 ou 3 objectifs, une bombe pour souffler sur les poussières.

Je travaille toujours en spontané, je n’ai jamais fait de mise en scène. J’étais là en spectatrice, rien d’autre. Pour la presse en France, c’était différent bien sûr mais aux Etats-Unis, jamais. Certaines peuvent avoir l’air « orchestrées » mais elles ne le sont pas.

Les chevaux ou le bétail sont toujours des sujets en mouvements. Le seul impératif est la discrétion car les vaches peuvent prendre peur. Il ne faut pas être sur leur passage. Pas question d’éparpiller un troupeau qui vient d’être rassemblé et qui se dirige vers un enclos.

Ce que j’aime dans ce travail ? C’est capturer l’action, mais également les instants silencieux du quotidien. De même que j’aime être sur le terrain et ensuite au calme devant mon ordinateur.

📖 « A Ranch Year »

Je ne savais pas que mes photos allaient devenir un livre, je l’espérais juste. Et puis un jour, on envoie quelques courriers et parfois on a la chance d’une réponse positive, et un livre voit le jour.

Le mien s’appelle « A Ranch Year ». Il va du printemps au printemps suivant, même si les photos n’ont pas toutes été prises au cours d’une seule année. Il retrace les différentes activités au fil des saisons.

J’ai ramené à peu près 10 000 photos. J’ai fait ma sélection comme je le faisais pour la presse, selon des critères de netteté, d’équilibre, de ce que cela raconte. Je procède par élimination. Cela m’a pris beaucoup de temps, y compris de les travailler toutes en noir et blanc et d’en soigner au mieux les contrastes. Une fois la sélection faite, il faut encore choisir et donc renoncer à certaines. C’est toujours un dilemme.

Le noir et blanc s’est imposé tout naturellement. Les images sont également intéressantes en couleur mais le noir et blanc souligne l’intemporalité de leur mode de vie, de leur activité. Hormis leurs téléphones portables au fond de leur poche, le cadre, le savoir-faire, leurs méthodes de travail, leur habillement, rien n’a changé. Cela a quelque chose de rassurant dans notre monde dans lequel tout bouge si vite.

Le moment du quotidien le plus photogénique est incontestablement le branding (marquage des veaux). Des cowboys et cowgirls concentrés sur leur travail d’équipe. Équipe entre eux, équipes aussi avec leurs chevaux, véritables partenaires de travail. C’est un ballet, des tournoiements de lassos, des cris et sifflements, des meuglements incessants, le tout noyé dans la poussière. C’était incroyable, toujours pareil et pourtant chaque fois différent. Pas la même lumière, pas les mêmes nuages, pas forcément les mêmes chevaux ou cowboys, pas le même ranch. Mais toujours le même bonheur d’en être et de ne pas en revenir.


La photo qui me touche le plus est celle de la couverture que l’on retrouve en double page dans le livre. Des cowboys vus de dos, qui s’éloignent… Un monde qui peut-être tend à disparaître. Pourtant le mythe perdure et fait toujours rêver, en témoignent les nombreuses séries sur le thème du western. Intemporel, indémodable, fascinant, attirant. Sans cesse revisité. Un engouement qui lui ne s’éteint pas.


Les photos que je regrette le plus sont celles que je n’ai jamais eu l’occasion de prendre. Des cowboys ou cowgirls qui passent l’été dans des campements en montagne pour surveiller le troupeau par exemple.


Ce que j’aimerais transmettre au lecteur ? L’authenticité et l’immersion dans un monde secret.

🤠 Les cowgirls et cowboys

Ce qui m’a le plus frappée dans la personnalité des cowgirls et cowboys est leur authenticité, leur lien à la Nature, leur attachement à ce mode de vie très rude et peu payé et auquel ils ne renonceraient pour rien au monde, conscients que l’argent n’est pas une fin en soi. Également leur courage et un lien familial très fort, au sein du couple mais aussi avec leurs parents et enfants. Leur humilité, l’héritage d’un savoir-faire ancestral, la transmission de génération en génération…

Il faut oublier le mythe du cowboy tranquille et solitaire jouant de l’harmonica auprès du feu de bois… La réalité est tout autre : les soins aux vaches et aux veaux (vaccins par exemple), la surveillance, les ferrures qu’ils font eux-mêmes, les réparations en tout genre (clôtures, matériel), les distributions de fourrage l’hiver, les branding, changements de pâtures, ventes de bétails, les naissances durant lesquelles certains se lèvent toutes les deux ou trois heures pour vérifier qu’il n’y a pas de problèmes, les températures extrêmes qui peuvent descendre jusqu’à -35 et atteindre 40 degrés l’été), etc…

Peu de temps pour des loisirs, et encore moins pour des vacances pour les propriétaires de petits ranchs. Certains d’entre eux s’occupent de leur petit cheptel et travaillent en parallèle comme journaliers dans de plus gros ranchs car il faut un troupeau conséquent pour en vivre. Mais ils ne renoncent pas et trouvent dans cette vie un équilibre qui fait défaut à nombre de nos compatriotes.

🐴 Et leurs chevaux ?

Ils ont une relation privilégiée avec leurs chevaux : il suffit de voir un cheval monter dans un « trailer » (grande remorque pour chevaux tractée par un 4X4) pour comprendre que la complicité est totale, tout comme le consentement. Aucun combat pour les faire monter dans un van (comme j’ai pu l’observer trop souvent en France). Les chevaux semblent heureux d’aller travailler. La relation est respectueuse.

Certains ou certaines débourrent leurs chevaux eux-mêmes, d’autres les achètent jeunes et je crois que l’éducation se fait sur le terrain et au contact des ainés.

Ce qui est admirable, c’est de voir à quel point règne une confiance mutuelle. Le cheval connaît son travail. Même après que son cavalier a mis pied à terre pour s’occuper d’un veau qu’il vient de capturer, le cheval livré à lui-même sait maintenir la bonne pression sur le lasso enroulé autour du pommeau. Le cavalier sait qu’il peut compter sur lui.

Il m’est arrivé de voir un jeune cowboy avec une main un peu dure… mais c’était un cas isolé. Certains font le choix d’un simple bosal. C’est dire si la relation n’est pas dans un rapport de force !

Ils ont généralement plusieurs chevaux afin de leur laisser des jours de repos car l’activité est parfois intense, tant en ce qui concerne le nombre d’heures sur le terrain que les conditions climatiques qui peuvent être très rudes.

Certains d’entre eux ont également une belle relation avec leurs chiens. Pour ceux qui font le choix de les avoir comme compagnons de travail, ils sont d’une aide précieuse dans le rassemblement des troupeaux. Certains de ces chiens de berger sont des borders collies mais la majorité sont des bouviers australiens (heelers), robustes, trapus, fiables et rustiques.

🗨️ Le mot de la fin ?

Certaines personnes ignorent qu’il existe encore des cowboys et cowgirls. Et pour nombre de personnes, le mot « cowgirl » évoque davantage des filles en paillettes dans un univers de rodéo que des travailleuses de terrain alors que depuis toujours les femmes ont une part active dans les ranchs.

L’équitation western telle qu’elle est pratiquée dans les ranchs (ou plutôt la façon dont les cowboys montent à cheval) s’approche davantage d’une méthode de travail axée sur les aptitudes du Quarter Horse à répondre aux exigences du métier, tandis que la vision européenne du cheval est plus tournée vers le loisir et le sport. Du moment qu’une discipline est pratiquée dans le respect du cheval, je trouve cela très bien.

Pour ma prochaine aventure, j’aimerais beaucoup publier un livre sur les chevaux, compilant 15 années de travail. Et sur le terrain, je l’ignore encore mais forcément en lien avec la nature.

✨ Merci à Isabelle pour sa générosité, son partage et pour nous offrir, à travers ses images, une porte d’entrée vers un mode de vie aussi rude que fascinant. ✨

Pour la contacter :

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Pierre Pelerin
Pierre Pelerin

Passionné d’équitation western, j’ai créé la page facebook EWF pour mettre en lumière les acteurs du monde western à travers des interviews et témoignages de compétiteurs, éleveurs, entraîneurs, organisateurs et passionnés de toutes les disciplines.

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